Bougazelli en disgrâce, Aliou Sall désormais en roue libre à Guédiawaye

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Sans le vouloir, l'Honorable député Seydina Fall Bougazelli est propulsé au-devant de la scène par une affaire peu catholique. D'habitude prompt à s'exprimer sur des questions qui interpellent, le tonitruant « Baye Fall » de Macky Sall s'emmure depuis l'effritement de l'affaire des faux billets dans un silence intrigant. Son faux bond fait aux limiers et sa supposée chute l'ayant amené à l'hôpital font couler beaucoup d'encre dans le lanterneau politique. Ce malheureux épisode risque de plomber une carrière politique dont le dénouement devrait être la mairie de la ville de Guédiawaye.

Depuis 2012, le député Seydina Fall alias Bougazelli fait partie des inconditionnels du président Macky Sall. Il jouissait ainsi, peut-être c'est toujours le cas, d'une bonne presse auprès de la population de Guédiawaye et se plaçait comme le véritable rival d'Aliou Sall, frère du président de la République et actuel maire. Il n'y a point de doute que Bougazelli a une base politique solide et qu'il est en partie comptable de la perte de terrain de Malick Gackou et du Grand Parti. Aussi bien au sein de l'hémicycle que sur le terrain, ce fidèle du président Sall avait fini par convaincre les plus indécis de sa ténacité et de son abnégation.

Pourtant, que ce soit sous son chapeau de député ou dans son manteau de militant privilégié de l'Alliance pour la République (APR), Seydina Fall fait souvent montre d'une sincérité et d'une intransigeance telle que ses positions font toujours jaser. On se rappellera que c'est lui-même qui prit son courage à deux mains, après le meurtre de la dame Fatimata Moctar Ndiaye, pour faire resurgir le débat sur la peine de mort en novembre 2016.

Le député avait porté le combat de sa restauration en annonçant qu'il allait faire une proposition de loi pour faire rétablir la peine capitale. Une initiative diversement saluée certes mais une initiative assez courageuse pour être mentionnée. « Je suis prêt et je vais me battre jusqu'au bout », avait-il proféré, pour lutter contre la recrudescence des meurtres.

Dans sa localité de Guédiawaye, où il compte une base politique forte, Seydina Fall s'érige en personnalité de première zone pour le parti au pouvoir. Avec Lat Diop et Aliou Sall, ils forment un trio lourd mais dont l'entente est souvent minée par des conflits internes. Ces querelles intestines au parti au pouvoir sont principalement l'…uvre de Bougazelli et du maire de Guédiawaye Aliou Sall avec qui il n'est pas toujours en odeur de sainteté. Mais cette relation de je t'aime moi non plus sera finalement assainie par les retrouvailles du trio lors du lancement du Bus Rapide Transit à Guédiawaye le 27 octobre passé. Aliou Sall en avait profité pour prendre à témoin le président de leur parti que lui et ses acolytes ont enterré la hache de guerre.

Cette paix des braves avec Seydina Fall profitait déjà au maire Aliou Sall pour les échéances électorales de 2021. Qui plus est, cette affaire des faux-billets pourrait apparaître comme une aubaine pour le maire en quête d'une réélection. Il n'y a aucun doute que, même si le mis en cause est blanchi, sa carrière politique va être en quelque sorte plombée. Ce n'est pas toujours que l'on voit des hommes politiques se remettre de telles déroutes sans écorner leur image. D'Idrissa Seck à Khalifa Sall en passant par Karim Wade et Aliou Sall, les exemples foisonnent. Même blanchis ou libérés par la justice, ces hommes politiques auront toujours du mal à convaincre quant à leur probité morale.

Comme l'histoire ne cesse de nous l'enseigner, il y a de ces chutes dont on ne se remet jamais en politique. Et le faux pas de Bougazelli dans l'affaire des faux-billets est à inscrire sur la liste de ces morts politiques prématurées. Au vu de ses rapports heurtés avec Aliou Sall, il y a fort à parier que ses camarades de partis ne le défendront s'il est déclaré coupable. Au sein des cadres de l'Apr en vérité, Aliou Sall jouit d'une respectabilité telle que ses adversaires directs peuvent être lâchés en cas de difficultés.

C'est d'ailleurs ce que l'on commence à noter avec la sortie récente du président des cadres de ce parti Abdoulaye Diouf Sarr qui demande à la justice de faire son travail. Aussi faut-il souligner le titrage à la UNE du journal pro-pouvoir de Yakham Mbaye, un très proche d'Aliou Sall. Lors de l'éclatement de cette affaire, le samedi dernier, le quotidien « Libération » titrait comme pour railler : « Bougazelli Daw na » (Bougazelli a fui). Pour des politiciens qui se disent être dans le même camp, ce genre de titres n'interpelle pas seulement ; il intrigue.

Même si aucune charge n'a été encore confirmée contre lui, à cause des lapins que Bougazelli ne cesse de poser aux enquêteurs de la Section de Recherches, il devient de plus en plus évident que l'homme est dans de sales draps. Trempé, mouillé jusqu'au cou ou innocent, ce qui est tout à fait envisageable, le très percutant député va laisser des plumes dans cette affaire. Tout comme Aliou Sall dans l'affaire Pétro-Tim qui l'a poussé à quitter la Caisse de dépôts et de Consignations, Bougazelli verra son image froissée à tout jamais. Mais contrairement à Aliou Sall, frère du président, contre lequel il est en perpétuelle compétition, tout porte à croire que Bougazelli n'aura pas un soutien suffisamment fort pour le « maintenir » en vie.

Par Ababacar Gaye/SeneNews
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