Brésil: Bolsonaro veut nommer son fils à Washington, tollé chez les diplomates

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Le président du Brésil Jair Bolsonaro a annoncé jeudi 11 juillet son intention de nommer son fils Eduardo Bolsonaro ambassadeur à Washington. Du « népotisme » selon des diplomates, qui craignent l’arrivée d’un « pion » du département d’Etat américain : l’actuel député est un ami de la famille Trump.

Serait-ce un cadeau d’anniversaire ? Le chef de l’Etat brésilien Jair Bolsonaro a annoncé que son fils le plus jeune, Eduardo Bolsonaro, pourrait devenir le nouvel ambassadeur à Washington. L’annonce est intervenue le jeudi 11 juillet, au lendemain du 35e anniversaire, âge minimal pour le poste. Levée de boucliers et accusations de népotisme immédiates.

« Ce n’est pas du népotisme, jamais je ne ferais ça », s’est défendu le président d’extrême droite vendredi 12, lors d’un Facebook live. « Mon fils est bien meilleur que moi, il a déjà visité plusieurs pays d’Europe, il est ami avec les enfants [du président américain Donald] Trump, il parle anglais et espagnol, il a une très grande expérience du monde. Il pourrait être une personne adéquate et me rendrait compte parfaitement », a ajouté l’ancien capitaine d’infanterie.

« J’ai déjà cuisiné des hamburgers » aux Etats-Unis, s’est vanté Eduardo Bolsonaro

?Face à des critiques, le principal intéressé, également député fédéral, a vanté sa présidence « de la commission des Affaires étrangères » de la Chambre des députés. « J’ai déjà participé à des échanges, j’ai déjà cuisiné des hamburgers » aux Etats-Unis, a-t-il ajouté vendredi 12 juillet. Eduardo Bolsonaro a ajouté que le ministre des Affaires étrangères Ernesto Araujo « lui avait exprimé son soutien » concernant sa désignation.

Pour concrétiser l’affaire, Brasilia doit encore envoyer une indication officielle, à être acceptée par l’intéressé et ensuite étudiée par le Sénat.

L’ambassade à Washington est le poste diplomatique le plus important pour le Brésil et il est vacant depuis juin. Depuis 50 ans, il a été attribué exclusivement à des diplomates expérimentés.

« Panique » et « moquerie » chez les diplomates

Les diplomates étaient partagés entre « panique » et « moquerie » à cette annonce, selon le quotidien Folha de Sà£o Paulo. Notamment du côté des représentants du pays à l’ONU, qui craignent l’arrivée d’un « pion » transformant la diplomatie brésilienne en « subdivision du département d’Etat » américain : ami des enfants Trump, le troisième fils du chef de l’Etat est américanophile assumé et partisan de la politique du milliardaire.

Pour l’ancien ambassadeur brésilien à Washington Rubens Ricupero, une telle nomination serait « sans précédent dans l’histoire des pays démocratiques », a-t-il confiéau quotidien Estadà£o. Le juge de la Cour suprême Marco Aurélio Mello a estimé, lui, qu’une telle nomination serait du « népotisme », l’équivalent de « se tirer une balle dans le pied », a-t-il dit à Estadà£o. La plus haute juridiction pourrait être amenée à se prononcer.

« On croit vivre au XIXe siècle », a déploré Oliver Stuenkel au Monde, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas. « Mais c’est un signe des temps », dit-il, évoquant le rôle d’Ivanka Trump dans la diplomatie américaine.

Selon l’expert, le fils Bolsonaro pourrait être un agentde rapprochement du Brésilavec l’extrême droite mondiale. En effet, l’actuel député a déjà rencontré à plusieurs reprises Steve Bannon, notamment dans le cadrede The Movement, organisation de la droite populiste dans le monde. L’ex-conseiller de Donald Trump a d’ailleurs félicité cette possible nomination.

« Une opportunité »pour les industriels

Pour les milieux économiques brésiliens, ce serait une « opportunité pour nous rapprocher des Etats-Unis », a affirmé à Folha de Sà£o Paulo José Roriz Coelho, vice-président de la Fédération des industries de l’Etat de Sà£o Paulo. L’expérience d’Eduardo en tant que député pourrait faciliter la relation avec les parlementaires américains, selon eux.

Washington et Brasilia sont toutefois des rivaux économiques : les deux disputent les marchés mondiaux du soja et de la viande.

Pour le journaliste et politologue Bruno Boghossian, Brasilia pourrait se retrouver rapidement dans une position délicate. « Le Brésil échangerait un ambassadeur contre un communicant politique de droite radicale. Il a beau parler la langue de Trump, il se retrouvera isolé si jamais le parti démocrate gagne les prochaines élections », a-t-il écrit.

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