DÉCÈS DE CHEIKH BETHIO THIOUNE : Les Thiantacounes orphelins

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Cheikh Béthio Thioune a été rappelé à Dieu, hier, en France où il s’était rendu pour des soins médicaux. Le guide spirituel des thiantacounes était âgé de 81 ans. Cette disparition intervient au lendemain de sa condamnation à 10 ans de travaux forcés dans l’affaire du double meurtre de Médinatoul Salam.

La communauté des thiantacounes est orpheline. Elle a perdu son guide sur l’allée de la quête de sens. Cheikh Béthio Thioune, le natif de Keur Samba Laobé (Mbour), est décédé, hier, à Bordeaux où il séjournait pour raisons médicales, au moment où le procès dans lequel il était cité charriait son tumulte après la sentence du juge Thierno Niang. Celle du Seigneur est venue donner un autre tournant à cet épisode de notre existence terrestre. Cette séquence ferme les dernières pages d’une vie bien remplie, car elle a aiguillé bien des âmes.

L’histoire de Cheikh Béthio Thioune, c’est surtout celle d’un attachement profond à un homme qu’il a célébré toute sa vie : Serigne Saliou Mbacké, défunt khalife général des mourides. C’est le 17 avril 1946 qu’il rencontre le saint homme à Tassette. Le moment a été émerveillé et un lien fort s’est tissé entre eux. Il ne s’est jamais rompu. Et en 1987, le digne fils de Cheikh Ahmadou Bamba l’éleva au grade de Cheikh. « Le Seigneur unique, ample et généreux m’a accordé une distinction qui me particularisera à jamais ». Cette phrase inscrite sur un écriteau que l’on pouvait parfois apercevoir lors des processions, témoigne de ce lien de ferveur et le bonheur qui habitait le cheikh honoré par un titre qu’il ne convoitait point par ambition, car leur relation était du domaine de l’irrationnel.

Générosité
Rien, hormis les voies ésotériques qui guident ceux qui ont rendez-vous avec le destin, ne prédestinait Cheikh Béthio Thioune à une telle aura divine. L’ancien élève de l’école 3 de Mbour menait tranquillement une honorable carrière de fonctionnaire. Après avoir servi dans l’enseignement et dans bien des secteurs de la vie publique, il est admis, par concours, en 1976, avec la bénédiction de son guide, Serigne Saliou Mbacké, à la prestigieuse Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) où l’avait précédé le secrétaire général du Parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng. Gabriel d’Arboussier était un de ses plus illustres camarades de promotion. Son cheminement religieux qui a éclipsé sa belle et enviable trajectoire dans l’administration sénégalaise l’a mené dans plusieurs localités.
Le défunt a aussi flirté avec la politique ; ce qui lui avait valu une détention de six mois avec des militants du Parti africain de l’indépendance en 1966. Cette disparition, qui survient au lendemain de sa condamnation à 10 ans de travaux forcés dans l’affaire du double meurtre de Médinatoul Salam, rend orphelines une famille et toute une communauté de thiantacounes qui avait fini par se fabriquer une identité. Pendant longtemps, elle a accompli ses actions de grâce à « Djouroul », à Mermoz, et à Médinatoul Salam, espace de vie et d’exaltation de la philosophie mouride.

Les rapports entre l’ancien administrateur civil, d’obédience mouride, de temps en temps amusant, et ses disciples éclipsent le rationnel. Mais, ils traduisent en même temps une grande humanité. L’attachement est profond. Il est en communion avec eux. On sort du cadre ordinaire du guide religieux avec ses « talibés ». Cheikh Béthio Thioune a réussi à créer une famille dont Médinatoul Salam est la « capitale ».
C’est son antre d’éloges et de souvenirs difficiles. Il laisse derrière lui un héritage, une société de foi mais surtout l’image d’un homme généreux envers la communauté mouride. Une générosité qu’il a toujours manifestée à l’occasion des grands événements religieux. Son ombre y sera. Inéluctablement !

Alassane Aliou Fèré MBAYE

A Djanatou Mahwa, les fidèles sont restés stoïques
La consternation et la tristesse sont les sentiments les mieux partagés par les habitants de Djanatou Mahwa. En dehors de quelques cris étouffés de femmes et de quelques jeunes, les adultes sont restés stoïques. Aucun comportement hystérique n’a été noté.
« Je viens de perdre mon guide, celui-là même qui m’a été indiqué par Serigne Saliou Mbacké. Je suis très triste mais ma foi reste intacte, j’ai pleuré Serigne Saliou, mais je suis spirituellement assez fort pour ne pas pleurer », confie le « diewrigne » Abdoulaye Niang que nous avons trouvé à la devanture de la maison de Cheikh Béthio, sis a Djanatou Mahwa son quartier général.

L’esplanade où on réunissait les milliers de bœufs que le Cheikh immolait à l’occasion du grand Magal de Touba n’a pas connu cet après-midi la grande affluence. A l’annonce de la nouvelle, certains refusent d’y croire, à l’image de Pape Faye. « A la vue du visage déconfit et des yeux rouges de mon voisin, Ahmed Fall déclare-t-il, j’ai immédiatement compris. Le Cheikh est resté ce disciple hors du commun que tout chef religieux aurait aimé avoir parmi ses disciples ». Par petits groupes, les disciples ont accusé le coup. Certains lisent le Coran ou les « khassaïdes » ; tandis qu’assis a même le sol, Sokhna Mbène égrène son chapelet. Pour Lamp Sall, il est évident que Cheikh Béthio était un bienfaiteur. Il a été fidèle à Serigne Saliou toute sa vie, « sa disparition en ce premier jour du Ramadan atteste que son dévouement est récompensé ». C’est toujours la sérénité à l’heure de la rupture du jeûne, qui s’est faite tout en lisant le Coran.
Le « ndigueul » (consigne) est de rester à l’écoute de la famille du disparu. Selon certaines indiscrétions, Cheikh Béthio Thioune avait choisi d’être enterré à Madinatou

Salam, mais pour l’instant le lieu et l’heure de l’inhumation ne sont pas connus. Son fils aîné Serigne Saliou Thioune était, aux dernières nouvelles, en audience à Touba avec Serigne Cheikh Mbacké, fils de Serigne Saliou.

Mamadou DIEYELESOLEIL.SN

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