Election, contestation, réconciliation et embrouilles : 2019, zoom sur une année politique

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L'année 2019 a été particulièrement riche sur le plan politique. Des événements majeurs dignes de « buzz » se sont succédés et ont tenu en haleine le peuple pendant quelques temps, et ce durant tous les douze mois. Du 1er janvier à la Saint-Sylvestre, la sphère politique est bouillonnante avec l'élection présidentielle et ses conséquences, le dialogue politique, la disparition de personnalités politiques de premier rang entre autres. Comme à chaque période de l'année, SeneNews fait un zoom sur les grandes lignes d'un 2019 hautement politique.

L'année 2019 a démarré sur le rythme avec lequel 2018 s'était tu: un front politique agité. A l'origine de la guéguerre, la question du parrainage. Pendant un long moment, les politiciens occupent le paysage médiatique et l'atmosphère devient polluée à cause de l'épineuse question de cette disposition de la loi électorale votée depuis le 19 avril 2018.

Le parrainage et l'élection de Macky Sall

L'opposition rejette la mesure mais se rue quand même vers la course aux parrains. A l'issue du processus, sur la vingtaine de candidats déclarés, seuls 7 réussiront à franchir le cap. Il s'agit d'Idrissa Seck, Issa Sall, Ousmane Sonko, Macky Sall, Madické Niang, Khalifa Sall et Karim Wade. Toutefois, les deux derniers nommés seront disqualifiés par le conseil constitutionnel à cause de leurs condamnations.

Comme annoncée, la campagne électorale fut particulièrement mouvementée et des scènes de violence se signaleront à travers le pays. Des cortèges du candidat du Pastef, Ousmane Sonko et celui du Parti de l'unité et du Rassemblement, Pr Issa Sall, feront l'objet d'attaques de la part des partisans du pouvoir, notamment la milice appelée les «marrons du feu». C'est à Tambacounda que sera notée la plus sanglante face-à-face entre les protagonistes; et cette fois, il s'agit du Pur et de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar. Des affrontements feront deux morts des blessés graves et conduiront à l'arrestation de la garde rapprochée du PUR qui sera déshabillée et emprisonnée.

Malgré le semblant de ras-le-bol qui se dessinait sur les réseaux sociaux, le président Macky Sall remportera l'élection au premier tour à la surprise générale. Le score est particulièrement intéressant, 58,26%, d'autant plus qu'il confirme la prédiction de l'ancien premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne, à quelques virgules près. Le coup «K.O» est ainsi réalisé au moment où l'opposition réunie autour d'Idrissa Seck arrivé deuxième crie au holdup et décide de ne pas reconnaitre Macky Sall comme président. Mais la résistance ne durera que le temps d'une rose. Le président Sall prête serment et reprend service au grand dam de ces détracteurs.

Suppression du poste de PM et resserrement: quand le fast-track voit le jour

Dès sa prise de fonction, le président Sall annonce de grandes réformes touchant notamment la taille du gouvernement et son organisation. La suppression du poste de premier ministre est l'une des mesures phares qui seront prises durant le régime Macky 2. Boun Abdallah Dionne sera reconduit dans le seul dessein de former un gouvernement et de faire aboutir les réformes au niveau de l'Assemblée nationale. Son poste sera finalement supprimé le 15 mai 2019 après que l'idée a suscité un tollé général et intrigué des experts qui parlent, tout comme les opposants, de super-président.

Comme lors de son premier mandat, le président Sall sort un tout nouveau slogan qui cache une volonté d'aller vite. Il s'agit du «fast-track», la version anglaise du concept «accélérer la cadence» de Mimi Touré. Le chef de l'Etat reconnait que l'efficacité et l'efficience ne sont pas au rendez-vous et décide d'y remédier en supervisant directement le travail de ses ministres dont le nombre est relativement réduit. On parlera également de «resserrement» pour plus de résultats probants avec moins de ministères fractionnés.

Dialogue politique et réconciliation

Après la tension électorale et la «rébellion» post-électorale des opposants, le beau temps se dessine avec le dialogue national lancé par le président Sall, 28 mai 2019. Une partie de l'opposition boycotte les discussions mais la grande majorité se retrouve autour de la table pour discuter des questions relatives à la gestion du pays. Au lieu d'un dialogue national comme ce fut annoncé, c'est plutôt à un dialogue politique qu'on assistera. Le président Sall s'en sert ingénieusement pour pacifier le paysage politique et se rapprocher du Parti démocratique sénégalais et de son mentor.

Malgré son refus de participer au dialogue, le président Wade bénéficiera pourtant des retombées de cette table ronde ainsi que l'ancien maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall dont l'adjointe Soham El Wardini avait demandé la libération lors du lancement du dialogue. Wade et Macky se retrouveront le 27 septembre à l'occasion de l'inauguration de la grande mosquée Masaalikul Djinane, après la médiation du Khalife des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké. Des retrouvailles qui interviennent après une rupture de plus de 6 ans, lesquelles retrouvailles permettront le retour de Wade au palais en tant que hôte du président Sall.

Ces moments de «mbegté», vocable très cher aux Mourides pour étaler leur hospitalité, vont se consacrer avec la libération de Khalifa Ababacar Sall. La bonne nouvelle pour les «Khalifistes» intervient le soir du 30 septembre, soit trois jours après la «réconciliation Wade-Macky». Khalifa sort de prison et entame une tournée de remerciements, annonçant partout avoir oublié et pardonné pour ce qui s'est passé.

2019, c'est aussi l'année des séparations

Les retrouvailles Wade-Macky sont l'arbre de l'entente derrière lequel se cache une forêt de mésentente et de velléités. De vieilles amitiés politiques y passeront de vie à trépas. Aussi bien du côté libéral que du côté de la majorité présidentielle, des amis se sépareront au gré du jeu et de l'enjeu politique. Après s'être embrouillé vec son fidèle ami Madické Niang pour sa candidature à l'élection de 2019, Me Wade va se débarrasser de son entourage principalement composé de vieux amis.

Après ses retrouvailles avec le président Macky Sall, Me Wade met au ban du Pds des fidèles comme Babacar Gaye, Me Amadou Sall, et surtout Oumar Sarr dont il va formuler l'expulsion pour avoir été autour de la table du dialogue sans son aval. Les barons du parti crient au complot ourdi par Wade-fils depuis Doha pendant que les proches de ce dernier tel Bara Gaye sont promus à des postes de responsabilité de premier plan. Cela va provoquer la naissance de l'«AllianceSuqali Sopi», mouvement dont le principal objectif est de récupérer le Pds.

Le président Macky Sall aussi fera montre d'une grande sévérité. Il se rompra les mares avec ses compagnons comme Sory Kaba, ancien directeur des Sénégalais de l'extérieur, et notamment Moustapha Diakhaté dont les critiques commençaient à indisposer le régime en place. Ce qui se passe du côté de chez Macky est particulièrement intéressant en cette veille de fin d'année. On assiste à un spectacle à tout le moins désolant avec des sorties désobligeantes entre des responsables comme Moustapha Cissé Lô, Farba Ngom et Yakham Mbaye qui se crêpent le chignon à longueur de journée. Loin d'être une séparation brusque, Idrissa Seck a, lui aussi, perdu son porte-parole Abdourahmane Diouf après l'élection. L'homme se reconvertit et devient le Secrétaire exécutif du Club des investisseurs du Sénégal (CIS)

Troisième mandat, la question qui fâche

Rien que son évocation aura coûté leur poste à bon nombre de personnalités politiques. La question du troisième mandat est décidément celle qui fâche le président de la République au point de le pousser à limoger les personnes qui s'y prononcent. C'est à ce fruit interdit qu'ont goûté Moustapha Diakhaté et Sory Kaba; ce qui leur a valu l'ire du Maitre des horloges. Cette question d'un troisième mandat, le président ne se prive pas de l'évoquer pourtant. Mais quand il le fait, c'est pour entretenir le flou et non clarifier sa position pour de bon.

C'est justement au moment où l'on épilogue sur la question que Serigne Mbacké Ndiaye s'érige en porte-voix de la coalition présidentielle pour appeler à la suppression de la limitation des mandats au Sénégal. Malgré la levée de boucliers notée dans «son» propre camp, le désavouant catégoriquement, l'ancien porte-parole du président Wade aura déjà ajouté une couche importante à cette polémique qui ne fait que commencer.

Des personnalités politiques tirent leur révérence

2019 est tout aussi une année macabre avec de grands noms de la politique qui quittent le navire Sunugaal pour rejoindre les pères fondateurs dans leur éternel sommeil. Deux grands commis de l'Etat, connus pour leur trajectoire et leur dévouement, s'en vont ainsi à tout jamais. D'abord, le président du Haut conseil des collectivités territoriales (HCCT) Ousmane Tanor Dieng, tire sa révérence le 15 juillet, plongeant la République entière dans l'émoi. Des funérailles nationales lui seront dédiées et le président Sall qui salue «un homme de tenue et de retenue» l'a accompagné jusqu'à sa dernière demeure à Nguèniène.

Un mois plus tard, une autre personnalité, cette fois militant chevronné de la gauche, partira sur la pointe des pieds. Toujours au front dans les moments importants de la vie de notre nation, Amath Dansokho recevra des hommages mérités après son décès le 23 août. Preuve de sa grandeur et de sa fidélité, l'ancien secrétaire général du Parti de l'indépendance et du Travail (PIT) aura choisi auparavant de reposer à côté de son ami Almamy Mateuw Fall, aux cimetières de Thiaka Ndiaye (Saint-Louis). Son décès a suivi celui d'un Saint-Louisien, grand fonctionnaire international, Jacques Diouf. En effet, l'ancien président du Fonds des nations unies pour l'agriculture (FAO) est décédé le 17 août 2019.

Par Ababacar Gaye/SeneNews

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