INONDATIONS AUX PARCELLES-ASSAINIES DE KEUR MASSAR : La grosse controverse

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Les habitants des Parcelles-Assainies de Keur Massar pataugent depuis le début de l'hivernage. Et les fortes précipitations tombées ce weekend ont empiré leur situation déjà critique. Désespérées, elles pointent du doigt non pas l'Etat, mais la SN/HLM qui est le promoteur immobilier.

Les Parcelles-Assainies de Keur Massar se noient. Les fortes pluies tombées ce weekend ont plongé ses habitants dans un sinistre sans fin. La centaine de millimètres de pluie tombés a aggravé leur situation déjà pénible. Les scènes dans les quartiers sont affligeantes. Des rues sont entièrement transformées en mares. A l'intérieur de certaines habitations, les eaux ont fini par remplacer les résidents devenus impuissants face à la situation.

Dans cette maison, à l'Unité 14, qui est à côté d'une mare boueuse et verdâtre, M. Diaw, tel un naufragé, se bat avec les eaux. Il racle, récure et aménage des diguettes pour évacuer les eaux qu'il combat par tous les moyens, sous un ciel encore menaçant.

A quelques mètres de chez lui, la maison des Ndao. Elle est dans la même situation. Ici, les dégâts causés par les eaux sont énormes. En plus de coloniser les chambres, les fortes précipitations ont causé des fissures sur le bâtiment avec des carreaux qui s'écroulent. La cinquantaine révolue, grand boubou voile léger multicolore, un foulard noué autour de la tête, Soukeyna Ndao, qui vient d'arriver du marché, a l'air tout épuisé. Elle a pataugé pendant des heures dans les eaux pour rejoindre son domicile. Faisant partie des premiers habitants de ces parcelles inaugurées en 2009, Mme Ndao peine à cacher ses émotions, quand elle aborde le sujet. « La situation est très difficile. On ne peut même pas sortir de nos maisons. On est inondé 12 mois sur 12. Maintenant, les eaux menacent de détruire les bâtiments que nous avons construits avec des économies de toute une vie. Il y a des fissures partout et les carreaux s'affaissent à cause du mouvement du sol'', regrette-t-elle, la voix à peine audible. La tristesse se lit sur son visage.

Non loin de là, les ruelles menant à l'intérieur de la cité sont impraticables. Des sacs remplis de sable et des briques sont superposés sur ces allées pour servir de voies pour rallier les différentes habitations. L'école, faite de trois salles de classe et de deux abris provisoires en paille, est envahie par les eaux. La mosquée de l'Unité 25 est aussi dans la même situation. Des camions remplis de latérite traversent les rues pour déverser leur chargement devant les portes de certaines maisons et commerces. Des jeunes versent des gravats moyennant de l'argent pour les sinistrés. A tout malheur, quelque chose est bon, dit-on. Des chômeurs de moins.

Insécurité et pollution

Ces habitants de ces Parcelles-Assainies ont acquis leurs terrains via la SN/HLM. Lesquels sont à cheval entre les communes de Keur Massar et de Jaxaay. Lees habitants se battent seuls contre les eaux à leurs risques et périls. Et les dégâts collatéraux sont parfois énormes. Béquille à côté d'elle, le pied droit dans le plâtre, cette dame, qui veut garder l'anonymat, réside à l'Unité 25. Elle vit le calvaire à cause des eaux stagnantes.

En effet, après trois chutes contractées sur le chemin du marché, elle a fini par avoir une fracture au pied droit. Elle n'a pas abandonné pour autant. Madame s'investit dans le combat de la population pour que le quartier obtienne son plan d'assainissement. « Cette année, dès les premières pluies, le niveau de l'eau est monté. Pour freiner les ruissellements, j'ai déjà dépensé plus de 300 mille F CFA pour l'achat de sable et de gravats pour avoir une issue de sortie de la maison. Malheureusement, jusqu'à présent, le problème n'est pas résolu'', regrette-t-elle.

Ces eaux stagnantes posent aussi un vrai problème d'insécurité et de pollution sonore. En effet, les mares qui longent les différentes unités sont devenues des terrains de jeu favori des enfants. Insouciants, les gamins s'y baignent à longueur de journée. Une situation qui inquiète au plus point les parents. « Le problème majeur est que les enfants se baignent dans les eaux stagnantes qui sont devenues des lacs de saleté. Les voitures de ramassage d'ordures ne viennent pas régulièrement. Tout est pollué dans ces quartiers. Les gamins qui sont en contact avec ces eaux sont toujours malades et il y a des asthmatiques qui souffrent énormément'', s'indigne le chef du quartier, Youga Ndiaye.

« Nos enfants ne peuvent plus sortir jouer, car il y a partout des reptiles et des fosses septiques qui déversent leur contenu. Pire, à partir de 17 h, c'est le concert des grenouilles et autres bestioles. Personne ne peut dormir à cause du bruit. Il y a aussi trop de moustiques. Presque nous tous souffrons du paludisme, dans le quartier. L'assainissement devait se faire avant que les gens ne déménagent ici. C'est la priorité'', renchérit une dame.

La SN/HLM reconnue comme unique responsable de la situation

Désespérés, les habitants semblent ne plus avoir assez de force, encore moins de persévérance pour faire face aux eaux. Ils pointent tous du doigt celui qui leur a vendu ces terrains: la SN/HLM. Elle est l'unique coupable de leur malheur, disent-ils. « Depuis des années, c'est toujours comme ça. J'habite dans le quartier depuis plus de 7 ans et on est inondé à chaque hivernage. Pire, dans certaines unités, les eaux stagnent toute l'année. Pourtant, il était prévu, dans les contrats avec la SN/HLM, d'assainir toutes les parcelles. Mais rien n'a été fait. Même le minimum n'a pas été fait. Les rues, les maisons et les mosquées sont complétement inondées. Nous vivons une situation très difficile'', se désole le délégué du quartier de l'U25. A en croire les résidents, la SN/HLM leur avait promis des parcelles assainies avec toutes les commodités requises. Mais grande a été la surprise des premiers habitants qui ont été les premiers sinistrés. Et aujourd'hui, les résidents ne sont pas seulement des voisins. Ils partagent la même souffrance.

Ainsi, pour combattre ensemble leur maux, ils ont décidé de mettre en place un collectif dont l'objectif est de mettre la pression sur la SN/HLM et sur l'Etat du Sénégal pour assainir les 26 unités de leurs parcelles. Car, explique l'une d'entre eux, Mme Mbaye, « on a saisi à maintes reprises la SN/HLM, mais on n'a eu aucune réponse positive. Juste des promesses jamais réalisées. Maintenant, on se cotise pour soulager les quartiers les plus impactés. Chaque maison donne 10 mille francs CFA pour l'achat de gravats qu'on verse dans certaines rues essentielles pour ralentir ou freiner le ruissellement''.

Ainsi est née la plateforme dénommée collectif « Zéro inondation''. Il veut pousser la SN/HLM à respecter les dispositions contenues dans le contrat de bail. Pape Bouba Badiane fait partie des initiateurs dudit collectif. Très actif dans le mouvement, il sensibilise les chefs de quartier les moins impactés, qui ne se sentent pas trop concernés, pour qu'ils participent au combat. Une manière d'unir les forces et de ratisser large pour obtenir gain de cause.

C'est dans ce sens qu'après les fortes pluies de ce weekend, le mouvement a décidé d'organiser une manifestation au rond-point Gouye-Gui de Keur Massar pour crier leur colère. « Nous vivons lamentablement les inondations. C'est vraiment difficile. Mais il y a la plateforme de lutte des populations qui commence à réunir les habitants autour de la question des inondations. En tant qu'initiateur de la plateforme de discussion, j'ai fait de chaque délégué un administrateur du forum pour qu'il puisse y ajouter les personnes engagées dans notre cause commune. Et les pistes de solution commencent à jaillir petit à petit'', se réjouit-il. Le collectif a aussi reçu le soutien du mouvement Frapp pour porter la lutte.

Cette population est d'autant plus peinée que la plupart des habitants sont des retraités et d'anciens cadres qui ont investi leur épargne dans ces parcelles afin de sortir de la dure vie de locataire. Que nenni! En cette période, beaucoup sont obligés d'abandonner leur maison pour aller louer un appartement ailleurs, jusqu'à la fin de l'hivernage. Leur déception est donc grande, leur peine immense.

ABBA BA

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