La droite espagnole rattrapée par une affaire d'espionnage digne d'un polar

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Un « indic » payé sur les deniers de l'Etat pour espionner un ancien cacique du parti au pouvoir détenteur de secrets compromettants: l'opposition de droite espagnole est rattrapée par une affaire digne d'un polar pouvant éclabousser jusqu'à un ancien Premier ministre.

À la Une de la presse espagnole depuis que le parquet a déclassifié la semaine dernière un document de 52 pages, cette affaire est appelée « Kitchen » du nom de l'opération policière illégale visée et baptisée ainsi en référence au nom de code de l'informateur, « cuisinier ».Chauffeur de Luis Barcenas, l'ancien trésorier du Parti Populaire (PP), il avait été recruté pour « obtenir (…) des informations concrètes sur le lieu dans lequel Luis Barcenas et son épouse cacheraient de la documentation compromettante pour ce parti politique et ses hauts dirigeants », indique le parquet.

2.000 euros par mois

Barcenas était alors au centre de l'enquête sur l'affaire « Gürtel », un scandale de financement illégal via la manipulation de marchés publics dans lequel le PP a fini par être condamné en mai 2018, ce qui a entraîné à peine quelques jours plus tard le renversement du Premier ministre Mariano Rajoy par le Parlement.

En échange de ses services, le chauffeur de M. Barcenas percevait 2.000 euros par mois provenant des « fonds réservés » de l'Etat et avait reçu la promesse de rentrer dans la police.L'enquête sur l'opération Kitchen est l'un des nombreux dossiers ouverts par la justice sur la base des perquisitions menées après l'arrestation en 2017 du commissaire José Manuel Villarejo, connu pour avoir enregistré à leur insu pendant des années de nombreuses personnalités politiques ou économiques.

L'ex-Premier ministre

La justice s'intéresse tout particulièrement aux rôles de l'ancien ministre de l'Intérieur de Rajoy, Jorge Fernandez Diaz, contre lequel le parquet affirme disposer d'indices « très nombreux et concluants », et de l'ex-ministre de la Défense, Maria Dolores de Cospedal, elle-même « affectée par des documents compromettants présumés ». Mais « Kitchen » pourrait éclabousser jusqu'à Mariano Rajoy, alors qu'une conversation versée au dossier entre le commissaire Villarejo et l'informateur laisse entendre que Barcenas avait aussi des documents compromettants pour l'ex-Premier ministre.

Les magistrats peuvent compter sur la collaboration d'un repenti, Francisco Martinez Vazquez, numéro deux du ministère de l'Intérieur au moment des faits. Mis en examen dans ce dossier, il a assuré dimanche dans le quotidien El Pais vouloir « raconter au juge tout ce qu'il sait ». Le Parti socialiste du Premier ministre Pedro Sanchez et son allié de la gauche radicale Podemos ont demandé la création d'une enquête parlementaire sur l'affaire « Kitchen ».

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