Lac Rose : L’énigme autour de la fameuse coloration de l’eau

Par , publié le , Modifié le .

Actualité

Situé à environ 30 km au nord-est de Dakar, et plus précisément dans la commune de Tivaouane Peul-Niague, le lac Retba, plus connu sous le nom de lac Rose, attire encore quelques visiteurs, même si les eaux ont un peu perdu leur coloration d’origine. Toutefois, l’endroit émerveille les touristes, écoliers, etc., rencontrés sur place. Reportage.

« J’ai fait deux jours au lac Rose. Et depuis lors, l’eau n’est pas rose. Je suis resté hier (jeudi dernier) toute la journée, mais je n’ai observé aucun changement », témoigne ce jeune homme, la vingtaine, trouvé juste en face du lac, assis sur un tronc de cocotier posé par terre. En cette matinée de vendredi du mois de ramadan, l’endroit n’est pas trop animé. Quelques touristes longent la côte à pied, des vendeuses d’objets d’art et des guides interceptent les visiteurs. Abdou Karim, les écouteurs bien vissés aux oreilles, écoute la radio, tout en observant le mouvement de l’eau. Venu pour la première fois au lac Retba, le jeune homme n’est surtout pas déçu, même s’il n’a pas eu l’occasion de contempler la célèbre couleur rose du lac.

A quelques mètres de lui, on aperçoit un groupe d’élèves arborant des blouses blanches. Ils sont accompagnés de quatre adultes. Il s’agit de potaches en classe de Ce2 à l’école Saint-Jean Apôtre de Ngascope (Ndlr: un village de la commune de Ngoye, dans le département de Bambey). « L’objet de notre visite, c’est de permettre aux élèves de constater, de visu, ce qu’on leur apprend à l’école, pour coller la théorie à la pratique. On leur enseigne le lac Rose ou lac Retba. Ici, ils auront l’occasion de voir les filaos, les dunes, les montagnes, la plaine, la colline, etc. », explique le directeur de l’école, Michel Gaye.

Chaque année, renseigne-t-il, les classes de Cp, Ce2 et Cm2 de cet établissement vont en sortie pédagogique dans différents sites historiques ou touristiques du pays.

« L’année dernière, c’était au lac Tanma, vers Mont-Rolland (région de Thiès). Et cette année, nous ne sommes pas venus directement au lac Rose. Nous sommes passés par Thiès pour voir les plateaux. Comme ce sont des élèves de Ce2, c’est le programme qu’on leur enseigne. Donc, l’occasion leur est offerte de venir toucher, voir la réalité », ajoute notre interlocuteur.

Pendant qu’on échange, le groupe poursuit sa marche, sous la conduite de leur maître qui leur explique les différents composants du lac. Tous heureux, ils sourient et montrent du doigt à leurs camarades des choses qui attirent leur attention. « Je suis content d’effectuer cette visite. Cela m’a permis de voir des bateaux, des pirogues, des hôtels et du sel. J’ai aussi vu des touristes », narre Fallou. Comme lui, la petite Mbène Ndao, la mine joyeuse, a hâte de retourner au village pour partager son expérience avec ses amies. « Une fois au village, je dirai à mes amies que c’est trop cool au lac Rose. On a découvert beaucoup de choses », dit-elle en souriant.

Et pour que ses amis aient envie de venir découvrir le fameux lac Rose, Ibrahima Faye, lui, va jouer la carte de la fascination. «  »Moi, je dirai à mes camarades que j’ai vu des choses que vous n’avez jamais vues. Que l’endroit est magnifique, c’est beau. Ce qui m’a plus marqué, c’est le vent; ce n’est pas pareil par rapport au village. C’est frais, c’est humide, etc. C’est ma première visite au Lac Rose, je suis trop heureux et j’ai hâte de revenir », lance le jeune garçon.

Michel Gaye: « Il faudrait que les gens comprennent que le lac est un patrimoine »

Si Ibrahima en est à sa première visite, ce n’est pas le cas pour son directeur. En effet, M. Gaye en est sa troisième fois. « La première fois, c’est entre 2008 et 2009. Beaucoup de choses ont changé, depuis lors. Déjà, à l’époque, l’eau n’était plus tellement rose. Aujourd’hui, elle a totalement perdu sa teinte rose. De plus en plus, les gens construisent des maisons aux alentours du lac. Le niveau de l’eau a un peu baissé. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est visible à l’?il nu », raconte-t-il. Et pour ce qui est de la faible affluence des lieux, en cette période de l’année scolaire, il estime que c’est soit lié au fait que les gens ne connaissent pas l’endroit ou que les écoles « ne s’intéressent plus » au lac pour venir en visite pédagogique. « Il faudrait que les gens comprennent que le lac est un patrimoine qui est là, qu’il faut toucher, voir. Il faut coller l’apprentissage à la réalité sur le terrain. Ce voyage est intéressant pour des élèves, surtout ceux qui sont dans un village très éloigné comme Ngascope », dit-il.

D’après M. Gaye, dans ces zones, beaucoup d’élèves ne connaissent pas lé goudron. « Nous sommes passés par l’autoroute à péage qu’ils ignoraient. Nous sommes allés jusqu’à Keur Massar pour qu’ils puissent voir les étages. C’est une visite très riche pour eux qui n’ont jamais vu un grand magasin comme Auchan », soutient le directeur de l’école Saint-Jean Apôtre.

Ce patrimoine, comme le considère M. Gaye, séduit encore les touristes. Bruno et Christine, un couple français, sont venus pour la première fois en vacances en Afrique noire et notamment au Sénégal, pour 15 jours. Après un séjour à Warang, dans le département de Mbour, les amoureux sont venus découvrir le légendaire lac Rose. Sur place, après avoir longé la côte à bord d’un véhicule, ils se sont arrêtés au village artisanal pour acheter quelques pantalons en coton peints aux couleurs du drapeau sénégalais. L’homme des sciences en choisit trois, au bout de quelques minutes: « J’adore celui-là aux couleurs de l’Afrique, mais la taille est trop grande et l’autre me va. Par contre, je n’aime pas la couleur », dit-il en tendant le pantalon aux dessins de la carte d’Afrique, au vendeur. « Donc, prend celui avec la couleur beige-clair. Ce n’est pas grave, puisque tu as les deux avec les couleurs du Sénégal », conseille Christine.

Bruno, touriste français: « Mais il n’est pas rose! »

A la question de savoir ce qui leur a le plus marqué, quand ils ont mis les pieds au lac Rose, Bruno s’exclameavec un petit sourire : « Mais il n’est pas rose! » Il s’empresse d’ajouter: « Non, à part cela, c’est beau. On a fait le tour en 4×4. C’est un joli endroit. Il n’y a pas trop de monde. Et c’est partout au Sénégal, il n’y a pas trop de touristes », fait-il savoir. Par contre, ce qui ne va pas, selon ce touriste français, c’est que les plages sénégalaises « sont sales ». « Il y a trop de plastiques, partout. Et ça, les touristes n’aiment pas. C’est sûr que quand on va à Saly, avec les beaux hôtels, tout est propre. Mais nous, nous sommes à Warang. Je suis sportif. Le matin, je cours le long de la plage entre les bouteilles, les plastiques, les algues. Et c’est dommage, l’endroit est très joli. Il n’y a pas de poubelle, nulle part. C’est le seul regret que j’ai ici. Autrement, tout est parfait », déclare Bruno.

Comme son mari, Christine aussi appuie la même thèse. « J’aime bien tout ici. Le paysage, les gens. J’aime bien les gens. Ils sont, tout le temps, souriants, de bonne humeur. Le petit bémol quand même, c’est que c’est un peu sale. Il faudrait faire un effort pour ranger tout. C’est regrettable et ce n’est pas vraiment joli », renchérit-elle. Toutefois, ces Français se réjouissent de l’accueil et de la courtoisie des Sénégalais. « Ils disent toujours bonjour. Ils ont un bon commerce et c’est normal. C’est leur métier. Je voyage beaucoup au Maghreb que j’aime bien. Mais j’ai arrêté, parce qu’on n’était jamais tranquille. Ces gens n’arrêtent pas, ils vous suivent partout. Et, du coup, vous en avez marre. Et là, ça va. On est en vacances, quand même, il faut qu’on soit tranquille », témoigne par ailleurs Bruno.

Christine d’ajouter qu’elle est également surprise par la gentillesse des gens. « Ils sont hyper gentils et des fois un peu trop », estime cette Française, la cinquantaine révolue.

MARIAMA DIEME

O commentaire

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Champ obligatoire (*)