Macky Sall, monstre politique sans coeur ou « Président infidèle » ?

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PressAfrik a tenté (a été tenté, seront-on tenté de dire par…) un petit exercice d'inventaire de tous les compagnons des années de braise lâchés ou écartés par l'actuel Président sénégalais, depuis son arrivée au sommet. De ABC à Moustapha Cissé Lo en passant par le chanteur Doudou Ndiaye Mbengue, ils sont assez nombreux, ces compagnons qui avaient choisi de braver le courroux du tout-puissant Wade en 2007 pour suivre Macky dans le désert et qui, aujourd'hui sont, pour la plupart, jetés sur la touche.
La fidélité en amitié serait-elle fatale au Prince ? Il est peut-être trop tard pour interroger Machiavel sur le sujet. Mais dans notre environnement immédiat, celui qui semble imiter le rôle du personnage central, de l'oeuvre légendaire du penseur humaniste italien, a posé suffisamment d'actes dans ses relations avec ses compagnons de la première heure, qui laissent penser que, dans sa manière de concevoir la politique, préserver les liens d'amitié n'est pas avantageux.

En 2008, Macky Sall consomme son divorce d'avec le Président Abdoulaye Wade après avoir occupé les postes les plus stratégiques de l'attelage gouvernemental et de la sphère étatique: ministre de l'Energie, ministre de l'Intérieur, Premier ministre, président de l'Assemblée nationale. Sa décision de convoquer le fils du « roi » de l'époque devant les députés pour s'expliquer sur les « comptes et mécomptes » de l'Agence nationale de l'Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI) est lue comme un acte de défiance. La machine politique fut mis en branle par Wade pour débarquer le ténor de Fatick de son fauteuil de président de l'Hémicycle. Une loi est d'abord votée spécialement le 13 octobre 2008, pour limiter désormais le mandat du président de l'Assemblée à un an renouvelable. Ensuite, les députés sénégalais ont adopté, dimanche 9 novembre 2008, une résolution mettant fin aux fonctions de Macky Sall par 111 voix contre 22.

Il n'attendra pas l'humiliation suprême d'être viré du Parti démocratique sénégalais (Pds). Macky Sall quitte de son propre chef la formation libérale pour fonder son propre parti, Alliance pour la République (Apr), en 2008. Mais s'il a pu se le permettre, c'est sans nul doute parce qu'il a su compter sur des amis et compagnons qui ont préféré laisser les privilèges que leur offrait le pouvoir d'alors. Parmi eux, on peut citer Mbaye Ndiaye, Moustapha Cissé Lo, Alioune Badara Cissé, Mahmout Saleh etc. D'autres comme Moustapha Diakhaté vont prendre leur courage à deux mains pour démissionner du Pds (le 21 mai 2009) et rejoindre l'Apr, qui faisait ses débuts dans la scène politique sénégalaise.

A cette époque, il fallait s'armer d'une réelle conviction pour s'opposer à Wade. Mais, il en fallait encore plus pour accompagner celui qu'il accusait de lorgner son fauteuil, dans son aventure très risquée et très incertaine de conquête du pouvoir.

« Cissé Lo m'indispose… Trop c'est trop »

Les dernières sorties de Moustapha Cissé Lo à l'Assemblée nationale, où tout avait commencé en 2008, devant le ministre de l'Agriculture et de l'Equipement rural, et dans les médias, en disent long sur la distance qui le sépare du palais de la République. Il serait le dernier sur la longue liste des compagnons écartés par Macky depuis son accession au pouvoir, si la mise en garde retranscrite par nos confrères de « La Tribune » évoluait en acte. « Cissé Lo m'indispose; trop c'est trop », aurait déclaré le Président à ses proches.

On est très loin de l'époque où le député de Mbacké était le « visa d'entrée » de Macky dans tous les foyers religieux de Touba… à ses risques et périls. Eh oui, comment ne pas se rappeler de cette longue journée de campagne électorale au deuxième tour de la Présidentielle de 2012 quand le responsable politique entraînait l'actuel chef de l'Etat dans les concessions les plus influentes de la cité religieuse.

Quand Cissé Lo a failli prendre une balle à cause de Macky en 2012

Ceux qui, comme votre serviteur, avaient suivi le cortège, se rappellent de la fameuse scène à l'étape de Taif où Cissé Lo a failli se prendre une balle de pistolet à cause de son candidat qui n'était pas forcément le bienvenu dans ce village considéré comme un bastion de Wade. Heureusement pour lui que la réaction des chambellans du Khalife de Taif d'alors était assez rapide pour éviter le pire.

Tout commença par ABC

Membre fondateur de l'Alliance pour la République (Apr), Alioune Badara Cissé n'a pas longtemps cheminé aux côtés de Macky après la prise du pouvoir en 2012. Seulement un peu plus d'un an après l'accession de l'actuel président à la magistrature suprême, il écarte ABC de son poste de Coordonnateur du parti. Apparemment perturbé par le statut de numéro 2 du ministre des Affaires étrangères d'alors, Macky mobilise la Commission de discipline créée en novembre 2013 pour exclure son lieutenant des instances du parti.Abdou Mbow, Mbaye Ndiaye, Benoît Sambou et Abdoulaye Badji de la commission en charge de statuer sur son cas le relègue au rang de simple militant, 48 heures après qu'ABC ait déclaré sa candidature à la mairie de Saint-Louis.

Dans sa déclaration qui suivra cette machination, Alioune Badara Cissé garde la hauteur qu'on lui a toujours connu. « Il n'y a pas de grade au dessus de celui de militant. Je suis redevenu simple militant mais je n'ai jamais cessé d'être militant. Je suis militant simple parce que depuis l'avant deux tours, je n'ai jamais assisté à une seule réunion du directoire, ce n'est pas mon rôle de rester dans les salons et de palabrer à longueur de journées. Je disais à Saint Etienne que depuis le 29 octobre que j'ai quitté le gouvernement, j'ai fait les trois (3) régions naturelles de Casamance : Kolda, Bignona et Ziguinchor. Dans aucune de ses localités, je n'ai retrouvé le moindre chat de la République, aucun responsable sur le terrain pendant six (6) semaines. Etre simple militant ne peut pas me faire mal. Cela ne me fait absolument pas mal. Je continuerai invariablement à servir mon parti. Je disais à Saint Etienne, réveillez-vous avant qu'il ne soit trop tard, réveillez-vous à l'heure qu'il vous plaira mais réveillez-vous tout de même », dira-t-il.

De bonnes volontés vont démarcher la réconciliation des deux « amis » par la suite. Mais ABC n'a jamais sacrifié sa liberté de ton sur l'autel des intérêts politiques de Macky. Isolé à la Médiature de la République, il n'a pas hésité à critiquer sévèrement le pouvoir.Ses prises de position tranchantes sur des questions essentielles de l'actualité ont fini par en faire un rebelle dans le cercle du pouvoir. Sur sa page Facebook, Moustapha Diakhaté ne manque jamais de tirer sur le chef de régime. D'abord débarqué de l'Assemblée nationale où il dirigeait le Groupe parlementaire de la majorité pendant la 12e législature, il sera ensuite zappé du cabinet du président de la République après la présidentielle de 2019 avant d'être limogé de son poste de ministre-conseiller en novembre 2019. Et de quelle manière encore. « C'est par les Réseaux sociaux que j'ai appris mon limogeage. C'est pour cela que j'ai tenu aussitôt à le (Macky Sall) remercier via les Réseaux sociaux », a-t-il révélé ce dimanche sur un plateau de la Tfm.

Youssou Touré, le mental assommé: « Macky ne me parle plus »

Il fait partie de ceux-là qui ont subi jusqu'aux brimades et passage à tabac pour son militantisme affiché aux côtés de Macky Sall. Aujourd'hui, il se dit gravement malade et abandonné par la famille présidentielle. Moralement affecté, il quémande une évacuation d'urgence dans un pays comme le Maroc. « Macky ne parle plus. La Première Dame ne me parle pas. (…) Je suis gravement malade.
«J'ai été hospitalisé à plusieurs reprises. Personne n'a réagi. J'ai même appelé Moustapha Diakhaté pour lui parler de ma maladie et lui dire que je voulais être évacué dans un pays arabe très proche pour des soins intensifs. Vous pouvez lui demander. Je ne le dis pas pour qu'on m'assiste, parce que j'ai ma fierté. Je n'ai plus aucun contact. Je souffre physiquement, moralement et personne ne se préoccupe de moi », a-t-il déclaré à nos confrères de L'Observateur samedi dernier.

Doudou Ndiaye Mbengue , chanteur attitré déchu

Alors que Moustapha Cissé Lô dénonce la mise à l'écart des premiers compagnons du président Macky Sall au profit de transhumants de la pire espèce, ce qui s'est passé il y a quelques jours à Kaël, lors de la Journée des Eleveurs apporte de l'eau à son moulin. En effet, tout le monde sait que lorsque l'homme politique Macky Sall était pestiféré, évité par tout le monde au lendemain de son limogeage par Wade le distributeur de milliards ou de millions, tous les chanteurs lui avaient tourné le dos. Il était devenu infréquentable. Seul Doudou Ndiaye Mbengue avait continué à le fréquenter et avait même composé une magnifique chanson en son honneur. une chanson qui avait cartonné durant la campagne électorale du candidat Macky Sall.

Eh bien, tout cela appartient désormais au passé. A preuve par ce qui s'est passé à Kaël où les deux micros centraux, Farba Ngom (un Mackyiste authentique car de la première heure) et Khadim Samb (un transhumant) ont donné le micro à tous les chanteurs présents, y compris des crieurs de quatrième division, sans daigner permettre à Doudou Ndiaye Mbengue de pousser la chansonnette. Ce n'est que lorsqu'à la fin tous les chanteurs avaient fini de faire leurs prestations que Farba Ngom a demandé enfin à Doudou Ndiaye Mbengue de prendre le micro. A la fin de son numéro, il s'est dirigé vers le Président qui s'était levé pour faire son discours. Macky Sall l'a salué du bout des doigts avant de se diriger vers le podium, sans un regard, encore moins un mot pour son fidèle Doudou Ndiaye Mbengue, écrivait le journal Le témoin.

Parmi les compagnons de la première du Président Macky Sall, il y en a également beaucoup qui sont actuellement envoyés « au frigo ». C'est le cas de l'ancien ministre de l'Intérieur Mbaye Ndiaye, Eva Marie Coll Seck, Abdou Mbow, Mahmout Saleh, Abou Abel Thiam… certains d'entre eux paient peut-être des erreurs commises dernièrement sur la scène politique.

Les actuels collaborateurs du chef de l'Apr sont avertis. c'est un « prince » allergique au long compagnonnage…

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