MAISONS DETRUITES EN 2017 A TIVAOUANE PEULH : Le gouverneur annonce le retrait de l'assiette de compensation à 1796 familles

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Le collectif des impactés de Tivaouane Peulh compte organiser une manifestation, aujourd'hui, pour garder leurs parcelles et le paiement de leurs impenses.

Le foncier. Encore et toujours. Si les accusations de l'opposant Ousmane Sonko sur la gestion du foncier tout sauf « sobre et vertueuse'' du régime peuvent être teintées d'un brin de politique, la réalité est presque qu'aucun jour ne passe sans que l'on entende dans la presse des populations délestées de leurs terres. Avec Terme Sud qui alimente encore l'actualité, une nouvelle « guerre foncière'' s'est déclenchée. Et cette fois-ci, c'est à Tivaouane Peulh que des citoyens crient à l'injustice. C'est 1796 personnes qui dénoncent la décision du gouverneur de la région de Dakar, Al Hassan Sall, du retrait de leur assiette foncière attribuée par le président de la République Macky Sall.

« Le président de la République avait instruit l'ancien Premier ministre Mahammed Boune Abdallah Dionne, qui avait à son tour instruit Birima Mangara (ministre de Budget à l'époque) de nous attribuer 20 hectares sur l'assiette foncière de la Sipres. C'est au moment où il ne restait qu'à signer les avenants pour pouvoir effectuer la distribution des parcelles, que le gouverneur de la région de Dakar nous a appelés. Dans son bureau, il nous a annoncé que les 20 hectares ont été retournés à la Sipres'', explique Papa Khalil Gaye, Président du Collectif des impactés de Tivaouane Peulh.

Cette rencontre, Guy Marius Sagna la raconte dans une note parvenue à « EnQuête''. C'est le « lundi 12 octobre 2020, fait-il savoir, que le gouverneur de Dakar a appelé les victimes de démolition de maisons et de spoliation foncière de Tivaouane Peulh''. « J'ai entendu dire aussi que vous préparez une manifestation…'', questionne le gouverneur.

Face à l'affirmative des représentants des victimes, le gouverneur aurait répondu par: « Justement, passez demain que je vous donne une information.'' Une fois sur place, « le gouverneur de Dakar, Al Hassan Sall, informera les 1 796 victimes de Tivaouane Peulh que les 20 hectares que le président Macky Sall leur avait donnés pour compenser les 123 hectares de maisons détruites et de parcelles accaparées, leur étaient retirés. Dans la délégation des victimes de Tivaouane Peulh, il y avait trois imams. Les deux se sont évanouis, dès l'annonce de cette mesure par le gouverneur'', révèle l'activiste.

« L'Ageroute nous a certifié qu'elle n'était pas au courant d'un tel projet''

Avec plus de détails, Papa Khalil Gaye conte les origines de cette histoire. « Le 19 avril 2017, c'est la Dscos (Direction de la surveillance et de l'occupation du sol) qui a détruit nos maisons, sous prétexte d'un empiétement sur l'emprise du prolongement de la VDN (voie de dégagement nord)'', se remémore-t-il. A l'époque, le collectif est allé voir l'Ageroute (l'Agence des travaux et de gestion des routes) qui « nous a certifié qu'elle n'était pas au courant d'un tel projet et il n'y a aucun décret autorisant le passage des routes de la VDN sur ce site''.

De plus, fait remarquer le président du collectif des victimes, l'agence gouvernementale leur a rappelé que « si des habitations doivent être déplacées, les mis en cause reçoivent d'abord leur dédommagement (le paiement des impenses) avant que les maisons ne soient détruites''.

Sur le site que la Dscos a détruit, aucune route n'a été construite. « C'est plutôt des titres d'occupation qui y sont distribués'', révèle Papa Khalil Gaye. Mardi dernier, les victimes avaient déjà organisé une marche de protestation, dénonçant des intentions du ministre du Budget de remettre en cause leur accord avec son prédécesseur. Ils ont aussi demandé au Service des domaines de Rufisque le document acté de la rétrocession des 20 ha au collectif et qu'il figure dans le droit réel du titre 6435/R de la Sipres.

La rencontre avec le gouverneur de Dakar a montré que leurs craintes étaient fondées. D'autant plus que, rapporte Papa Khalil Gaye, Al Hassan Sall « a refusé d'apporter plus de précisions sur cette décision, suite à nos questions. La seule explication qu'il a ajoutée est que, dans peu de temps, la Sipres prendra possession de son bien''.

La promesse du directeur des Domaines

Pourtant, Mame Boye Diao, Directeur des Domaines, rappelle Guy Marius Sagna, « avait reçu les victimes de Tivaouane Peulh le 4 août 2020. Il leur avait dit que, dans 15 jours, il leur remettrait les papiers de leurs parcelles. Cela fait plus de deux mois qu'ils n'ont plus aucune nouvelle de lui''.

Toutefois, les victimes ont annoncé qu'elles ne céderont pas sans se battre. La première étape sera l'organisation d'une manifestation aujourd'hui, « pour que les décisions prises par le président Macky Sall soient respectées en nous rendant nos parcelles. Mais aussi pour que nos impenses nous soient payées'', assure président du collectif.

Autre information: le lieutenant-colonel Pape Saboury Ndiaye, Directeur de la Dscos, a appelé hier, en tant que responsable du collectif des victimes de Tivaouane Peulh, Papa Khalil Gaye. « Il nous a dit qu'il partageait la position du gouverneur et que nous allons bénéficier d'une nouvelle assiette de 20 ha à déterminer. Nous lui avons dit de donner ce nouveau terrain à la Sipres et de nous restituer celui que nous avons reçu et sur lequel tout a été préparé pour nous recevoir. Nous n'allons pas accepter ce nouveau revirement, quitte à y laisser nos vies''.

Depuis que ces maisons ont été détruites, certaines familles vivent sous des tentes à côté du site, d'autres abritées par des connaissances et parents. Parmi celles qui louaient des habitations à Keur Massar, certaines ont, en plus, été délogées par les inondations.

Aux 1 796 familles, Guy Marius Sagna demande au président de la République, Macky Sall, de rendre leurs terrains et leurs maisons.

Lamine Diouf

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