Tosyali au Sénégal: Polémique autour d’un contrat

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L’octroi des mines de fer de la Falémé à Tosyali défraie la chronique en ces temps qui courent. La sortie récente d’Ousmane Sonko, ajoutée à la pétition signée en octobre 2018 par 11 candidats déclarés à la présidentielle de 2019, montre à quel point la question est sensible et mérite qu’on s’y penche en mettant en avant l’intérêt du Sénégal.

L’Etat du Sénégal devait signer une convention avec la société turque Tosyali pour lui donner carte blanche quant à l’exploitation des mines de la Falémé. Voilà ce qui avait motivé la sortie des 11 candidats dont Pierre Goudiaby Atépa et Mamadou Lamine Diallo, s’insurgeant contre une telle décision. Cette levée de bois vert semble avoir fait effet même si la ministre Aissatou Sophie Gladima expliquait ce report à l’époque par un agenda du président Macky Sall très chargé et l’absence du représentant du géant Tosyali.

En effet, Goudaiby et amis se battaient contre ce qu’ils qualifiaientde bradage à quelques mois de l’élection. Pire encore, le gré à gré qui aurait dicté le choix de la multinationale turque à qui les mines de la Falémé sont cédées sans appel d’offres était décrié avec la dernière énergie. Des arguments solides à première vue mais que la ministre des mines et de la géologie a pu battre en brèche non sans arguments.

Les motivations de la pétition de l’opposition

Pour donner de la valeur à leur démarche, les signataires de ladite pétition avaient jugé nécessaire d’en donner les raisons. Les candidats déclarés demandaient à l’Etat de «renoncer à ladite convention» pour l’intérêt de la nation toute entière. Dans la pétition, on pouvait lire aussi: «c’est un enjeu de transparence démocratique et parce que la vocation que nous voulons donner à ce projet doit faire l’objet d’une concentration à l’échelon national, parce que les orientations stratégiques doivent faire l’objet d’un consensus national».

La levée de bouclier de ces citoyens avertis, chefs de partis et leaders d’opinion s’explique par l’ardent désir de transparence. Les onze ajoutaient que l’Etat ne devait nullement signer le contrat «parce que le secteur de l’acier est au centre d’un enjeu géopolitique international qui oppose les USA, la Chine et l’Europe et parce que le choix d’un partenaire turc qui pourrait mettre en péril nos partenariats en cours avec les autres et l’économie de notre pays du fait des programmes en cours».

Aussi «parce que notre pays dispose avec nos richesses en pétrole et en gaz, d’un moyen exceptionnel d’être un acteur mondial du secteur de l’acier et favorisant la création de milliers d’emplois; parce que le développement d’une chaine de valeur sidérurgique peut définitivement asseoir et structurer, la vocation industrielle de notre pays et enfin parce que, signer une telle convention, qui va engager notre pays pour des décennies à venir, à quatre mois de l’élection présidentielle ne relève pas du respect de la tradition républicaine». Ainsi parlaient les opposants dont les deux anciens premiers ministres Cheikh Adjibou Soumaré et Abdoul Mbaye.

Pourquoi l’Etat persiste et signe alors

Aux allégations des pourfendeurs d’un tel contrat, la ministre en charge des mines répondit par des arguments qui firent apparaître une décision irrévocable de signer ledit partenariat. Sur les ondes de la Rfm, la ministre avait décidé de littéralement le fer quand il faisait chaud puisqu’elle affirmait que le report n’était en rien lié à la pétition des candidats dont elle se demandait où ils étaient avant que Tosyali ne s’engagea à exploiter la zone de Falémé.A l’en croire, les nationaux qui donnaient de la voix n’avaient jamais exprimé leurs desseins d’exploiter la zone en question depuis le départ d’Arcélor Mittal. C’est difficile de ne pas être en phase avec elle puisque l’exploitation de l’or et du phosphate est confiée à des firmes étrangères. La question qui vaille d’être posée c’est de savoir s’il y a des entreprises nationales capables de rivaliser avec les multinationales. A priori, aucun Sénégalais n’est en mesure d’amener un complexe sidérurgique assez fort pour l’exploitation des mines de la Falémé tout comme d’ailleurs cela a été le cas avec l’or de Sabadola.

La disqualification des nationaux s’explique donc par le fait qu’ils ne sont pas assez outillés pour exploiter les zones désignées. Mais cela suffit-il pour expliquer la préférence turque dans une absence totale d’appels d’offres’ La ministre Aissatou Sophie Gladima n’avait pas totalement réfuté la thèse de gré à gré que les détracteurs du régime brandissaient. En revanche, elle révèlait que l’exploitation des mines ne concernait pas que la seule zone de la Falémé et que des discussions étaient en cours avec d’autres entreprises pour les 2/3 de la surface à exploiter. Ceci, dans le but d’éviter tout monopole de la firme turque dans le domaine des mines comme c’est le cas en Algérie.

Le Memorandum of understanding (MOU) et les nouvelles révélations de Sonko

Malgré les tirs groupés de l’opposition qui crie au bradage, l’Etat persiste dans son projet et devrait signer dans les meilleurs délais le contrat avec Tosyalli. La décision semble irrévocable même si ladite opposition appelle les autorités à ne pas franchir le Rubicon. La révélation du MOU (lettre d’intention en français)par Sonko Dès lors qu’il y a la fibre nationaliste et patriotique qui sous-tend les actes de ces lanceurs d’alerte, il devient primordial de se demander si l’Etat ne devrait pas surseoir à signer le contrat pour convaincre non seulement l’opposition mais aussi la population qui a un droit de regard sur ce qui se passe avec son sous-sol. Surtout après la cacophonie née de la signature des contrats pétroliers et gaziers.

Contrairement au présumé scandale noté avec l’octroi des ressources du pétrole et du gaz, une concertation à grande échelle devrait avoir lieu en amont pour éviter toute ambigüité dans le futur. En vérité, l’entêtement des autorités est dicté par la volonté de solidifier les relations avec le peuple turc. Parce que tout simplement, après avoir relevé le niveau des échanges commerciaux à 250 millions en 2017, le président Erdogan a décidé lors de sa visite au Sénégal en Mars 2018 de porter les échanges à 400 milliards. L’octroi à Tosyali des mines de la Falémé entre donc dans cette logique puisque les accords de partenariat signés entre les gouvernements sénégalais et turcs lors de la visite d’Erdogan portent principalement sur les hydrocarbures, l’énergie et les mines.

Eviter le monopole de la multinationaleTosyali et penser aux populations locales.

La multinationale turque n’est pas à sa première conquête dans le continent africain. Un cas d’école nous parvient depuis l’Algérie. Le gouvernement sénégalais ne doit pas seulement signer le contrat avec les turcs pour après les laisser faire comme bon leur semble, malheureusement cela semble être le cas si l’on se réfère au Memorendum of Understanding publié tout récemment par l’opposant Ousmane Sonko. A priori toutes les conditions attachées à la signature dudit contrat sont à l’avantage du géant turc.

Sans entrer dans les détails du contrat qui n’est pas encore signé de toute évidence, cette position d’alerte des opposants et de la société civile est à saluer. En effet, le code minier doit être revu et amélioré pour espérer tirer le maximum de profits avec Tosyali et les autres firmes qui s’engageraient à exploiter nos ressources. Ce qu’il faut faire c’est d’éviter la même situation que l’or de Sabadola avec des populations autochtones plus paupérisées qu’avant l’exploitation de leur sous-sol. Dans un autre registre, les avantages fiscaux à en tirer sont énormes et doivent pouvoir servir à corriger les désagréments causés aux populations locales. Cela aussi ne semble pas être tenu en compte par les autorités.

En Algérie où Tosyali règne en maître dans le domaine des mines, le monopole de la firme va souvent à l’encontre des intérêts de l’Etat. Parce que l’entreprise turque, n’ayant aucun rival qui puisse lui tenir tête, s’adonne à des pratiques dignes d’un usurier. La production d’acier et de rond à béton par Tosyali, implantée depuis 2008, ne semble pas convaincre les populations qui font souvent grincer les dents. Selon le site Algériepart, la compagnie a réalisé en Algérie un bénéfice de 350 millions de dollars en deux ans avec une production annuelle de 700 milles tonnes de fer.

Comme la ministre sénégalaise des mines et de la géologie l’a signalé au micro de RFM, l’octroi à d’autres firmes des deux autres zones à exploiter atténuerait à coup sûr tout comportement vicieux de la part de l’une ou l’autre compagnie. Si l’exploitation du fer de la Falémé est bien encadrée, les entreprises locales intervenant dans le domaine de la sidérurgie pourraient en tirer d’énormes profits avec un coût moindre comparé à celui de l’importation du fer et de ses dérivés. Il faut à tout prix éviter la quasi-anarchie constatée avec l’implantation de l’hypermarché Auchan et de l’exploitation de l’or de Sabadola et du zircon. L’Etat y a intérêt pour éviter de donner raison à ceux qui crient au scandale et qui parlent de bradage!

Ababacar Gaye/SeneNews

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