UNE VIE, UN VECU : Serigne Ahmadou Sakhir Lô, la source bénie du Daara de Coki

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Le Daara da Coki est sans nul doute la plus grande fabrique de haafidh et de maîtres coraniques au Sénégal. C’est la référence en matière d’enseignements apprentissages du Saint Coran. A l’origine de sa création, un homme : Ahmadou Sakhir Lô qui en est le fondateur. De sa naissance à nos jours, cette institution s’est toujours investie dans la bonne formation et a pu mettre sur le marché des produits finis si fins et si enviables. Le Daara de Coki est un baromètre faible pour mesurer l’importance de la vie et l’impact du vécu de Serigne Ahmadou Sakhir Lô dans une société constituée pour l’essentiel de musulmans. Elle reste un modèle au moment où la question des daaras est de plus en plus agitée à cause de l’affaire de Ndiagne, dans la localité de Coki.

La célébrité du Daara de Coki est telle que la simple évocation du nom de Coki fait penser moins à la localité qu’à l’institut qui s’y est implanté. Cette confusion du nom du Daara avec celui de la commune prouve de façon éloquente la réussite de l’école en question. Créé depuis 1939, au moment où les colons continuaient de faire de la lutte contre l’éducation islamique une priorité, cet institut coranique a pu résister aux temps et préserver sa rigueur tout en s’essayant à la modernité. Certaines pratiques relatives aux sévices corporels sont ainsi passés de mode mais l’école de Serigne Ahmadou Sakhir Lô n’en demeure pas moins performante et exigeante.

Serigne Ahmadou Sakhir Lô, une vie au service du Coran


L’homme de Coki présente en effet une trajectoire peu commune. Si Coki est devenu l’un des plus grands foyers religieux au Sénégal, et la plus grande fabrique de maîtres coraniques et de haafidh (personnes ayant mémorisé parfaitement le coran), c’est parce qu’il y a un grand homme derrière son projet de formation. Né en 1903 à Nguère Malal, Louga, c’est très jeune qu’Ahmadou Sakhir Lô sera initié à l’apprentissage du coran et des sciences islamiques. D’abord sous la supervision de son père Serigne Cheikh Ndiaye Anta Sylla Lô auprès de qui il passera deux ans, le jeune Ahmadou va migrer vers d’autres sources de savoir, ayant pour objectif principal la mémorisation du coran. C’est ainsi qu’il passera entre les mains des maîtres les plus réputés à l’époque dont un certain Serigne Ahmadou Sakhir Mbaye, affectueusement appelé Mame Cheikh Mbaye. Cet homme, qui se trouve être son homonyme de surcroît, deviendra aussi son plus grand maître. Mame Cheikh Mbaye est en effet le père du célèbre prêcheur Serigne Sam et du généreux

Milliardaire Djily Mbaye de Louga.


En quête perpétuelle du savoir pour éteindre sa soif inextinguible de connaissances, Serigne Ahmadou Sakhir continuera ses pérégrinations en dehors du cercle de Louga, son territoire natal. Il se rend ainsi dans la localité très convoitée de Saint-Louis, réputée à l’époque pour ses innombrables érudits. Comme ce fut le cas avec nombre de ses aînés et ses pairs, Serigne Ahmadou Sakhir Lô comprit que le passage de Ndar est un « must » pour le parachèvement de sa formation. Il déposera ainsi ses baluchons auprès de Serigne Ibrahima Diop qui avait à ses côtés de futurs grands noms dont un fils d’El Hadji Malcik Sy : El hadji Abdou Aziz Sy Dabakh.

Malgré les épreuves qu’il a subies pour sa formation et les différents défis qu’il était appelé à relever, Serigne Ahmadou Sakhir Lô est décrit comme un homme simple, amène, et d’abord facile. Son érudition et son amour du coran n’ont d’égale que son ouverture et sa disponibilité envers tous. C’est en reconnaissance à sa générosité et en hommage à sa grandeur d’âme que les anciens pensionnaires de son école organisent, chaque année, des journées culturelles à Coki.

Daara Coki à l’épreuve de la modernité


Au Daara de Coki, l’éducation a toujours été une épreuve pour les apprenants. Epreuve plus en rapport à la rigueur qu’aux difficultés subies. A Coki, en effet, la rigueur s’apparentait à l’austérité à tel point qu’on ne manquait pas d’entendre un parent qui menaçait d’y envoyer son rejeton turbulent. La perception, qui s’avérait juste en quelque sorte, était qu’au Daara de Coki, la vie n’était pas un long fleuve tranquille. Les disciples qui y ont fait leurs humanités s’en sont rendus compte et témoignent toujours fièrement de ces moments pénibles passés à cet institut, et qui les ont forgés à devenir endurants et persévérants.

Aujourd’hui, l’institut compte des milliers de pensionnaires (environ 4 000) totalement pris en charge par les responsables du Daara. Dans cette école qui fait plus que la population de l’université Gaston Berger à ses débuts, 600 étudiants, la mendicité n’est pas érigée en modus operandi comme c’est le cas dans la plupart des daaras traditionnels. Mais il faut signaler qu’à cause de son ouverture à toutes les régions du Sénégal et aux pays de la sous-région (Mauritanie, Gambie, Guinée, Mali), Coki tient difficilement grâce à ses anciens élèves et Serigne Makhtar Lô. Le manger s’élève à plus de 500 000 Cfa par jour et l’électricité à plus de 3 millions par bimestre.

Au moment où l’on parle de « modernisation des daaras », Coki a déjà relevé ce défi. Avec des sentiers sortis de terre dont la construction d’une villa de 200 millions à Dakar et destinée à la location, le Daara de Coki se lance dans un processus essentiel et efficace de levée de fonds pour réaliser son autonomie. C’est pour atteindre cet objectif qu’est organisée annuellement une rencontre de solidarité au Daara de Coki dont la 40ème édition s’est tenue en septembre dernier.

L’autre aspect de la modernisation du Daara de Coki réside dans le changement de certaines pratiques longtemps usées au niveau des enseignements apprentissages. Il s’agit notamment le fait d’utiliser des chaînes (le jèng) pour redresser ou punir certains disciples fautifs. Cette façon de faire n’était nullement véhiculaire de la méchanceté, mais le Daara d’Ahmadou Sakhir Lô l’a abandonnée depuis fort longtemps. Pourtant s’il ne s’agissait que d’esclavagisme ou de maltraitance, des milliers de personnes ne s’y retourneraient jamais en pèlerinage chaque année.

Lors du tollé soulevé par l’affaire de Ndiagne récemment d’ailleurs, l’homme d’affaires Serigne Mboup déclarait dans les colonnes du quotidien L’Observateur: « il m’est arrivé au daara où j’ai fait mes humanités, d’être enchaîné, non par violence ou pour m’humilier, mais pour m’empêcher de fuir. Cela fait partie des coutumes de l’apprentissage du Coran dans les daaras au Sénégal ».

Une fabrique de remarquables personnalités

A l’instar d’une université populaire, les personnalités ayant fait leurs humanités à Coki ne se comptent plus. Sur les dizaines de milliers formés depuis sa création, on en arrive à compter des champions dans tous les secteurs : politique, économique, social et surtout religieux. On peut citer le célèbre prêcheur, Imam Alioune Ndao qui y a séjourné entre 1967 et 1973 ; Serigne Mboup patron de la CCBM ; Abdou Khadre Lô, ingénieur informaticien ; Dr Ahamadou Lô, ancien ambassadeur du Sénégal en Libye ; Mouhamed Diouf, opérateur économique pour ne citer que ceux-là.

La réussite et l’exemplarité du daara de Coki ne sont plus à démontrer. Le vécu de Serigne Ahmadou Sakhir Lô plane toujours sur les diverses activités menées parmi lesquelles la réalisation d’un institut à Boune, Pikine. Le don de soi au Coran de son fondateur et la qualité des enseignements reçus par les milliers de pensionnaires, avec l’appui de l’Etat, permettent à l’institution de prendre en charge ses dépenses même si elles sont exorbitantes. Le modèle de tenue et de réussite du Daara représente une deuxième vie, cette fois éternelle, de Serigne Ahmadou Sakhir Lô, après son rappel à Dieu en 1988.

Par Ababacar Gaye/SeneNews
kagaye@senenews.com

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