Village artisanal du Lac Rose : Le lac inquiète les artisans

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Les commerçants installés au lac Rose sont aujourd’hui nostalgiques du bon vieux temps. Notamment la période où le Sénégal accueillait le rallye Paris-Dakar. Leur business est au ralenti, ces dernières années. Et l’état du lac les angoisse.

Selon le vice-président du village artisanal du lac Rose, actuellement, le tourisme « ne marche pas très bien ». « Depuis qu’ils ont changé la destination du rallye Paris-Dakar, les touristes ne viennent plus comme d’habitude. Cela a constitué un vrai handicap pour notre business. Car, à l’époque, à six mois de l’évènement, tous les hôtels étaient pleins et, trois jours avant, nous nous remplissions les poches. Les temps ne sont plus pareils. Entre 1998 et 2000, nous ne nous plaignions vraiment pas. Les choses allaient à merveille. Mais, depuis lors, les activités sont plombées », affirme Abdoul Aziz Dieng.

En fait, Abdou Aziz vend des tableaux et des tenues traditionnelles, depuis plus de 30 ans, au sein de ce marché. Hormis le changement de la destination finale du rallye, il déplore le fait qu’il n’y ait pas la « promotion nécessaire » pour la vulgarisation du site. En plus, le vice-président du village artisanal pense que les ressources qui sont destinées au secteur sont « minimes ». « Dans les pays maghrébins comme le Maroc, les autorités mettent au mois plus 10 milliards de francs Cfa pour la promotion du secteur. Or, ici, c’est environ un milliard. Les gens chargés de faire la promotion du tourisme ne le maitrisent pas. C’est ce qui plombe les choses. Il faut le donner à ceux qui le connaissent vraiment, qui savent comment le rendre attractif. Bien que, cette année, on constate que l’Etat a fait des efforts », dit-il.

Cependant, M. Dieng soutient que les autorités ont certes la volonté, malheureusement, « elles ne peuvent pas ». « Elles ne font que tâtonner et n’y mettent pas assez de ressources. Ce qui nous manque aussi, ce sont des évènements pour vulgariser nos produits. On n’organise rien, même pas un festival. Si l’Etat et les élus locaux organisaient de grandes manifestations dans ce sens, même si c’est pour trois jours, cela permettrait aux gens de mieux connaître le site », plaide notre interlocuteur. Qui renseigne que, depuis l’existence de leur marché, personne n’a jamais quitté le village pour aller exposer dans une foire en ville ou à l’étranger. « Or, on a un représentant à la chambre des métiers. Il y a plus de 200 personnes qui s’activent ici. En plus, l’état actuel du lac nous fait peur et on doit le sauver », lance le vice-président du village artisanal du lac Rose.

Inquiète, « Maman Africa de lac Rose », comme on l’appelle ici, l’est également. Car elle tire ses revenus de cette zone touristique, grâce à la commercialisation d’objets d’art comme les perles, les colliers, etc. « Actuellement, le commerce ne marche pas trop. Parce que nous sommes en basse saison touristique. C’est pendant les vacances d’hiver qu’on s’en sort bien, à savoir entre décembre, janvier et février. C’est la pleine saison. A part ces moments, au mois de juillet ou août, les visiteurs viennent et notre activité décolle mieux qu’en cette période », rapporte la bonne dame, la cinquantaine, de petite taille et au teint noir. Avec un panier en osier ovale dans lequel elle expose sa marchandise, Maman Africa quitte chaque matin Niague pour le lac. Elle n’est pas installée au village artisanal, comme la plupart des dames. Elle déambule le long de la plage, son panier sur la tête, guettant tout visiteur.

Ici, les femmes ont une bonne stratégie pour gagner l’affection ou la compassion des gens. Au premier contact, elles offrent un bracelet en perles ou un objet sans une grande valeur marchande, avant de proposer des articles. Une astuce qui marche bien. Néanmoins, parler de chiffre d’affaires avec ces vendeuses reste un sujet tabou. « On ne peut pas parler de notre chiffre d’affaires. Tout ce qu’on peut dire, c’est que cela dépend du tourisme », explique Maman Africa. A la question de savoir si elle arrive parfois, en pleine saison, de descendre avec 50 000 F Cfa, elle sourit et réplique: « Non, jamais on n’a eu cette somme ici. On ne l’a pas vraiment. »

A côté d’elle, une jeune fille d’une trentaine d’années est assise sur le tronc d’un cocotier posé par terre et qui leur sert de banc. Fatou vient aussi vendre des colliers en perles, des objets d’art dans cet endroit touristique, depuis plus d’une décennie. « Au début, quand je venais ici, le business était florissant. Mais j’étais encore jeune, je ne connaissais pas encore la valeur de l’argent. Je ne faisais pas attention à ce que je gagnais. Maintenant, les choses ont changé. Non seulement, il n’y a plus d’argent, mais la nature du lac n’est plus la même. La couleur n’est plus aussi rose qu’avant », narre-t-elle.

Plus ouverte d’esprit que Maman Africa, Fatou confie que par rapport au commerce, elle gagne 500 F par-ci, 1 000 F Cfa par-là et essaie de faire avec. « On peut aussi, à la fin de la journée, avoir 5 000 F Cfa ou plus. Tout dépend de la période touristique et de ce que Dieu te réserve au quotidien. Alhamdoulillah! On rend grâce à Dieu », rapporte-t-elle.

Ces dames achètent les perles à Dakar et les confectionnent en fonction de leur inspiration.

MARIAMA DIEME

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