Élections générales en Afrique du Sud : qui sont les forces en présence ?

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Analyses

Près de 26 millions de Sud-Africains sont attendus aux urnes pour les élections générales du 8 mai 2019. Passage en revue des têtes d’affiche du scrutin.

Ils seront 48 au départ. Mais dans les faits, seuls trois partis sont aux commandes de la sphère politique sud-africaine. Après des mois de campagne et de derniers meetings en forme de plébiscite pour leurs chefs, ils seront mis à l’épreuve des urnes par 26 millions de votants, ce mercredi 8 mai. Qui sont-ils ?

Le Congrès national africain – African National Congress (ANC)

La formation, qui a fêté ses 107 ans cette année, reste pour la majorité des Sud-Africains le parti de Nelson Mandela, celui qui a mis fin après des décennies de lutte au régime de l’apartheid. Membre de l’Internationale socialiste, l’ANC mène une politique globalement libérale depuis qu’il est au pouvoir, même s’il n’a pas complètement rejeté ses tentations marxistes.

Depuis 2014, l’ANC est majoritaire à l’Assemblée : il compte 249 députés sur 400. Mais l’ère Zuma a laissé des traces. Les scandales de corruption, qui ont d’ailleurs poussé l’ancien président à démissionner en février 2018, ont donné du grain à moudre à l’opposition. Son successeur à la tête du parti, Cyril Ramaphosa, 66 ans, a donc fait de la lutte anticorruption sa priorité, tout comme la relance de l’économie. Une politique qui semble avoir porté ses fruits : selon le Centre pour le développement social en Afrique de l’université de Johannesburg, 55 % de l’opinion lui fait confiance, contre 26 % à l’époque de Jacob Zuma. D’après les derniers sondages, l’ANC obtiendrait même entre 50 et 60 % des sièges à l’Assemblée.

L’Alliance démocratique – Democratic Alliance (DA)

Deuxième formation du pays, l’Alliance démocratique a enregistré une progression constante en Afrique du Sud depuis l’avènement de la démocratie. De 2 % des voix en 1994, elle est passée à 10 % en 1999, 12 % en 2004 et finalement à 22 % il y a cinq ans, ce qui représente 89 députés à l’Assemblée. La DA a pris le contrôle, lors des élections municipales de 2016, d’importantes municipalités, dont Johannesburg et Pretoria, capitales économique et politique du pays. À ce jour, elle dirige quatre des six plus grandes villes du pays, ainsi que la province du Cap occidental, dans le sud-ouest.

Cette année, le parti centriste et libéral entend surfer sur le mécontentement des Sud-Africains face au piètre bilan économique de l’ANC. Il espère ainsi récupérer les modérés déçus par Jacob Zuma, mais doit encore surmonter l’image de « parti des Blancs » qui lui colle toujours à la peau. Pour changer son image et faire évoluer sa base, la DA compte sur Mmusi Maimane, 38 ans, son président depuis 2015. C’est la première fois que le parti est dirigé par un Noir depuis sa création en 2000. Malgré le succès de 2016, ce consultant de formation peine à attirer davantage. Les derniers sondages n’accordent à la DA qu’une progression marginale sur les 22 % recueillis en 2014.

Les Combattants pour la liberté économique – Economic Free Fighters (EFF)

Troisième force politique du pays, le parti de gauche radicale EFF est créé en 2013 par Julius Malema, ancien président de la ligue de jeunesse de l’ANC. Le mouvement séduit avant tout un électorat jeune, déçu par l’ANC. De rhétorique anticapitaliste et parfois anti-Blancs, les EFF se présentent comme les défenseurs des plus démunis et prônent la redistribution des richesses du pays. Leur « commandant en chef » promet aux Sud-Africains une « seconde libération », économique cette fois, pour les plus pauvres dont le sort ne s’est guère amélioré depuis qu’ils ont acquis le droit de vote il y a 25 ans. Lors de ses discours enflammés, il prône la « révolution » par l’expropriation sans indemnisation des terres toujours largement aux mains des Blancs et la nationalisation des banques et des mines du pays.

Il a par ailleurs été condamné pour incitation à la haine raciale pour s’être fait une marque de fabrique de sa reprise de la chanson « Tuez le Boer » (le fermier blanc), un vieil hymne de la lutte anti-apartheid. Des polémiques qui n’empêchent pas le parti de gagner des voix. Si, en 2014, les EFF ont obtenu 6,35 % des voix – soit 25 députés –, ils sont crédités de 11 à 15 % des voix selon les sondages pour l’élection de cette année.

Le parti Inkatha de la liberté – Inkatha Freedom Party (IFP)

L’IFP est la quatrième formation politique d’Afrique du Sud en nombre de députés – ils sont dix à siéger à l’Assemblée –, loin derrière les trois premières. Il est toujours dirigé par son fondateur Mangosuthu Buthelezi, arrière-petit-fils du dernier grand roi des Zoulous, qui a milité à l’ANC jusqu’en 1975. Son parti est traditionaliste à dominance zouloue, et prône un séparatisme territorial qui trouve racine dans l’organisation culturelle Inkatha fondée en 1920 par le roi Solomon kaDinuzulu. Le but, à l’époque : résister à la dilution de la culture zouloue et parer à l’impérialisme britannique et à la domination afrikaner.

Du temps de l’apartheid, Mangosuthu Buthelezi a été accusé d’être un allié du régime raciste de Pretoria et avait menacé de boycotter les premières élections multiraciales en 1994, changeant d’avis une semaine avant le scrutin. En 2014, il a enregistré sa pire performance électorale en obtenant 2,4 % des votes.

Source : LEPOINT

 

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