Hann Mariste: Les bonnes affaires des clandos

Par , publié le , Modifié le .

Économie

S’il y a un problème dont les habitants de Hann Mariste souffraient jusqu’à un passé récent, c’est bien l’enclavement de leur localité. Pour se déplacer à l’intérieur, il fallait, soit être véhiculé ou prendre un taxi. La demande en transport en commun était devenue pressante. L’ayant compris, les «clandos» ont saisi l’opportunité. Depuis quelques mois, ils font le bonheur des citadins, même si tout n’est pas au top.

Nichés à l’Ecole japonaise qui sert d’arrêt, ils font la navette entre ce point et l’entrée principale de Hann Mariste qui se situe non loin du pont de Hann. Ici, ils squattent le moindre espace. Les plus chanceux peuvent se garer à la sortie de la ruelle sablonneuse, en attendant de faire le plein de clients, tandis que d’autres, faute de place de stationnement, rebroussent chemin, espérant ramasser des passagers en cours de route. Entre des véhicules d’une autre époque et d’autres moins âgés, le mélange est assez frappant. Mais le plus important, c’est qu’ils ôtent une grosse épine des pieds des habitants des Maristes. «Il n’y a pas d’alternatives. On est obligé de prendre les clandos. Sinon, c’est au moins 30 minutes de marche », admet cette dame, visiblement marquée par la longue journée de travail. Il faut dire qu’ils sont nombreux dans le même cas. « J’habite non loin du Croisement Cambérène, mais les bouchons sur cet axe font que la plupart des bus passent par l’autoroute à péage. Donc, on est obligé de prendre les clandos », explique ce vieux, chapelet à la main, guettant tranquillement l’arrivée d’un clando. Avec des tarifs variant entre 100 et 200 francs, les clients ne se plaignent pas. Et tout le monde semble y trouver son compte. Selon Baye Fall, un des premiers à s’installer sur cet axe, la recette journalière peut aller jusqu’à 10 000 francs. « Les routes sont en très bon état et les distances assez courtes. L’avantage que nous avons, c’est que les clients se déplacent sur de courtes distances ; ce qui fait qu’on peut faire le plein deux fois en cours de route », reconnait-il. Mieux, il révèle que ceux qui travaillent du matin à la tombée de la nuit peuvent se retrouver avec 15 000 francs. «Il y a 6000 francs à verser au propriétaire du véhicule, le carburant autour de 3 000 francs. C’est assez correct comme recette. C’est ce qui explique d’ailleurs le fait qu’il y ait de plus en plus de véhicules », reconnait-il.

La concurrence gagne du terrain

Si jusqu’ici les clandos faisaient la pluie et le beau temps, depuis un certain temps, ils sont obligés de partager le marché avec d’autres concurrents. D’abord, ce sont les bus Tata avec la Ligne 40 suivie de la ligne 75 et récemment de la ligne 37 qui ont fait leur entrée dans la Cité avec des arrêts réguliers et aux normes. Ils seront suivis quelques temps après par les bus de Dakar Dem Dikk qui a mis deux lignes qui passent par Hann Mariste. Il s’agit des lignes 232 et 233. Au grand dam des clandos ? Selon Ousmane, un des leurs, même si les impacts sur les recettes ne sont pas encore importants, ces voitures commencent à inquiéter. « Eux, ils ont le droit de stationner sans être inquiétés par les forces de l’ordre, alors que nous, nous sommes un peu dans la clandestinité. Souvent, quand la Gendarmerie est à l’entrée de Hann Mariste, nous préférons nous arrêter au Rond point de l’Ecole Cours Sainte Marie de Hann et rebrousser chemin », dit-il. Selon lui, la concurrence se fait plus sentir aux heures creuses. «Certains clients préfèrent prendre le bus qui ne dure pas à l’arrêt plutôt que d’attendre que le clando fasse le plein de clients », confie-t-il.

Des tarifs au gré des chauffeurs

Pour se faire une idée de l’avantage que constituent ces clandos pour les résidents de Hann Mariste, il faut se trouver à l’entrée de ladite cité aux heures de descente. Des groupes de personnes, hommes, femmes, élèves, ouvriers…tous s’y retrouvent. On foule du pied le droit d’ainesse. Les clandos se font désirer. Et ne manquent pas d’en profiter. «Où que vous descendez, c’est 200 francs », décrète ce chauffeur. A quelques heures de la rupture du jeûne, hors de question pour les clients de laisser passer l’opportunité, quitte même à rouspéter une fois à bord. Cette hausse aussi surprenante qu’inexplicable est d’ailleurs le sujet de discussion du voyage. «Il y a trop de bouchons à cette heure, beaucoup de chauffeurs ne prennent pas la peine de venir jusqu’à la sortie, donc il faut que ceux qui le fassent sentent l’intérêt », plaide le chauffeur. S’en suivit un brouhaha indescriptible. «Vous abusez du calvaire des clients », lance cet homme, la cinquantaine bien sonnée. Selon des témoignages des habitants de Hann Mariste, dans le souci d’organiser les clandos, des dirigeants d’Asc du quartier avaient poussé les chauffeurs à se regrouper en association pour définir les tarifs et plus tard obtenir un parking qui servirait de garage. Hélas, même si une réunion à été tenue, « il n’y a pas eu le suivi nécessaire. Et ils risquent gros avec le poste de Gendarmerie qui vient d’être ouvert à Hann Mariste. Ceux qui ne seront pas en règle ne pourront pas rester », regrette Abdel Taïdu, un des initiateurs de la réunion.

Les riverains de l’Ecole Japonaise ne veulent pas de « Garage clandos » 

Même s’ils reconnaissent l’utilité des Clandos, les habitants de Hann Mariste, notamment ceux qui ne sont pas loin de l’Ecole Japonaise devenu le garage des Clandos ne sont plus dans leur quiétude habituelle. Stationnement anarchique, insalubrité, insécurité…les mots ne manquent pas pour expliquer le désordre que l’érection de ce garage a créé. Selon Madame Hélène Ndour, Vice-présidente de l’association pour le développement de Hann Mariste, « il est hors de question que la devanture de l’Ecole japonaise serve de garage. Ils peuvent circuler, prendre des clients mais pas stationner. Un voisin a été agressé en plein jour ici. Depuis que ce garage existe, la plupart des cas d’agression sont signalés sur le même axe. Çà veut dire que nous ne sommes pas en sécurité », clame-t-elle. Et les riverains n’ont pas manqué de saisir les autorités compétentes pour exposer le problème. C’est ainsi que la mairie avait installé des panneaux interdisant le stationnement, mais la mesure n’a pas eu les résultats escomptés. « La mairie avait même mis à notre disposition deux jeunes qui étaient chargés de veiller à l’interdiction du stationnement, mais ils n’ont rien pu faire. Nous avons même installé des pneus pour interdire le stationnement, mais rien », poursuit-il. Pour M. Amadou Fall, autre résident, il faut le même dispositif que celui qui est à l’entrée de Hann Mariste. « Là-bas, ils n’osent pas stationner quand Sy est là-bas, donc la Gendarmerie qui vient d’être installée doit jouer le jeu. Il y a va de la sécurité des populations, surtout qu’ils stationnent devant deux écoles primaires, le danger est permanent », alerte-t-il

La terreur Sy

Ceux qui empruntent la route menant vers le centre de contrôle et de visite technique des véhicules ont sans nul doute dû remarquer la présence d’un homme à la forte corpulence, teint clair, un peu élancé, casquette bien vissée sur la tête. Sifflet à la bouche, il est au cœur de la circulation. Il n’est pas policier, ni gendarme, mais il a le pouvoir d’organiser la circulation.  Il s’appelle Amadou Sy. Et si vous voulez déplacer un clando, prononcez le nom de Sy. Il ne leur fait pas de cadeau. «Avec le centre de visite technique, la circulation est toujours compliquée sur cet axe, si les clandos veulent se garer à l’entrée, cela ne fait que compliquer les choses. Je ne fais qu’appliquer la loi et ils le savent. La preuve, dès qu’ils m’aperçoivent, ils démarrent leur voiture. Je n’ai rien contre eux, mais je pense qu’il faut que les gens prennent conscience que la chose publique doit être organisée », explique-t-il. Du côté des chauffeurs, on estime que Sy, même s’il a été recruté dans la fonction publique, abuse de ses pouvoirs.  « Il n’est pas policier, au nom de quoi se permet-il de nous interdire de stationner ? », fulmine Baye Fall. Tantôt à l’intersection, tantôt à bord de son scooter, Sy guette les moindres fraudeurs. La scène est assez cocasse. Alors qu’il était assis à l’ombre d’un arbre non loin de l’intersection, un clando pensant que le « régulateur » n’était pas dans les parages gare tranquillement son véhicule en attendant des clients. Sy surgit de nulle part et gare son scooter devant la voiture. Le visage ferme. S’en est suivi un long moment d’échanges entre les deux. Il a fallu l’arrivée des gendarmes pour que Sy leur transfère le dossier et passe à autre chose.

SOURCE : LESOLEIL.SN

O commentaire

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Champ obligatoire (*)