IMPACTS COVID-19 : Cyril Ramaphosa veut un plan de relance économique complet et robuste pour l'Afrique

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Économie

Le président de l'Union africaine, Cyril Ramaphosa, a réitéré, hier, son appel en faveur d'un plan de relance économique complet et robuste pour l'Afrique, y compris l'allégement de la dette face aux impacts de la pandémie de Covid-19 sur le continent. Le chef d'Etat sud-africain s'exprimait à l'occasion de la Journée de l'Afrique.

La pandémie de Covid-19 aura un « impact durable'' sur la capacité des Etats africains à « répondre'' à l'aspiration de l'Agenda 2063 de l'Union africaine pour un continent « pacifique, uni et prospère''. En outre, selon le président de l'Union africaine (UA), le président sud-africain Cyril Ramaphosa, ce virus a mis à nu les « profondes inégalités'' qui prévalent sur le continent et dans le monde entier. « Il a montré à quel point nous sommes loin de réaliser nos objectifs de développement et nos responsabilités envers les citoyens de notre continent. (?) Nous réitérons notre appel en faveur d'un plan de relance économique complet et robuste pour l'Afrique, y compris l'allégement de la dette ainsi que d'autres mesures d'appui aux besoins humanitaires immédiats du continent et à sa reprise économique'', dit-il à l'occasion de la Journée de l'Afrique hier.

Alors qu'ils s'attaquent à l'impact de cette pandémie, le président de l'UA demande « une fois de plus'' que les sanctions imposées au Zimbabwe et au Soudan soient levées sans condition. « En tant qu'Africains, nous nous engageons à gérer au mieux cette pandémie. Nous disposons d'une stratégie globale formulée par l'Union africaine et avons nommé des envoyés spéciaux pour mobiliser les ressources financières et autres nécessaires à sa mise en oeuvre. La Covid-19 ne connaît ni frontière, ni nationalité, ni couleur de peau. Pour faire face à cette crise humanitaire qui ne cesse de s'aggraver, nous devons être d'autant plus solidaires'', poursuit le président sud-africain.

Ainsi, Cyril Ramaphosa estime que les chefs d'Etat africains doivent s'assurer que la pandémie « ne compromet pas'' leurs acquis en matière de développement. « Nous devons aller de l'avant pour répondre aux aspirations de l'Agenda 2063. Nous devons poursuivre la création de la Zone de libre-échange continentale africaine, aujourd'hui l'étape la plus ambitieuse vers l'intégration panafricaine, et veiller à ce qu'elle soit opérationnelle dans les meilleurs délais. Nous ne devons pas relâcher nos efforts pour réaliser le programme africain visant à assurer la sécurité, la paix et la stabilité, la démocratie et les Droits de l'homme, l'émancipation des femmes et la protection de l'environnement'', signale-t-il.

Pour le patron de l'UA, ils ne doivent « en aucun cas'' permettre à cette urgence sanitaire mondiale de « faire échouer'' leurs efforts pour faire taire les armes à feu sur le continent. Sur ce, il appelle les pays développés, les institutions multilatérales et la communauté des bailleurs de fonds à apporter aux pays vulnérables du monde entier, en particulier ceux du continent, « un appui indispensable''. Ceci sous la forme d'équipements médicaux de diagnostic et de soins, ainsi que le « soutien financier nécessaire'' pour appuyer les moyens de subsistance des personnes vulnérables.

Inventer de nouvelles formes de résilience

Si le président de l'Union africaine tend la main à la communauté internationale pour faire face à la pandémie, son collègue à la tête de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, soutient que l'Afrique est « instamment interpelée à inventer de nouvelles formes de résilience''. « Dans un monde où le multilatéralisme est soumis à rudes épreuves, l'Afrique doit cesser d'attendre son salut des autres. L'Afrique ne peut plus se complaire dans ce rôle d'éternel réservoir pour les uns, de dépotoir pour les autres. L'Afrique est instamment interpelée pour tracer sa propre voie. Sa dépendance et son insécurité alimentaires sont inadmissibles et intolérables ; de même qu'il en est de l'état de ses infrastructures routières, portuaires, sanitaires et éducatives'', affirme-t-il lors de son allocution.

En fait, M. Mahamat reconnaît que les terres, les forêts, la richesse animalière, les mines, les potentiels énergétiques, les eaux maritimes et fluviales du continent recèlent les « ressources nécessaires'' pour une « réponse suffisante'' aux besoins de ses populations. « Il nous faut, en toute lucidité, courageusement, nous décider pour une approche innovante, plus introvertie qu'extravertie. Vivons de ce que nous avons, parce que nous avons. Vivons aux dimensions de ce que nous avons ! En nous engageant dans cette voie, nos dirigeants seront plus proches de nos citoyens, nos Etats nationaux seront plus forts'', renchérit le président de la Commission de l'UA.

D'ailleurs, ce dernier voit ce mouvement d'introversion et d'appui sur leurs propres forces, comme « un catalyseur d'une nouvelle renaissance'' de leurs Etats nationaux. « C'est dans l'épreuve que les nations et les Etats se construisent vraiment. Nous sommes aujourd'hui dans ce moment de l'histoire. La grande question que nous rappelle cette pandémie de Covid-19, avec une voix assommante, est cette impérieuse nécessité de rompre cette dépendance de l'extérieur par le double impératif de vivre de nos propres ressources et de nous orienter hardiment vers la voix de notre propre industrialisation. Des ensembles moins nantis que nous l'ont réussi dans des temps record'', ajoute-t-il.
Sur ce, M. Mahamat invite avec « empressement'' les femmes, la jeunesse, les intellectuels, les académiciens, les universitaires, les hommes politiques, les hommes d'affaires et les « vaillants'' militants de la société civile à engager une « réflexion féconde et active'' sur cette question centrale pour leur survie matérielle, leur indépendance, leur liberté et leur dignité. « La seule façon de contenir la Covid-19 et ses conséquences désastreuses, d'assurer notre suffisance alimentaire, de créer des millions d'emplois, de sauver les centaines de millions de nos citoyens aujourd'hui gravement exposés aux pandémies et aux aléas de toutes sortes, est celle d'un vrai sursaut solidaire pour une réelle résilience africaine forte et durable. Il n'y a pas plus honorable célébration de la Journée de l'Afrique que d'engager cette entreprise intellectuelle, morale et politique indispensable pour une véritable renaissance de notre cher continent'', défend le président de la Commission de l'UA.
En réalité, pour Moussa Faki Mahamat, le bilan d'un demi-siècle d'indépendance et de liberté du continent « laisse dubitatif''. En dépit d'un potentiel « économique considérable, d'un capital humain riche, jeune et dynamique'', il regrette que la majorité des Etats africains « peinent à assurer'' le bien-être de leurs populations. « Des secteurs vitaux tels que l'éducation, la santé et la sécurité dépendent en grande partie de l'aide extérieure. Le communautarisme et le tribalisme se sont davantage cristallisés à la faveur d'un multipartisme et des principes démocratiques parfois dévoyés'', souligne-t-il.
Toutefois, il admet que, dans ce décor « mitigé'', transparaissent tout de même des lueurs d'espoir. Ceci, tant la volonté de « vaincre la fatalité'' est « grande'' et les moyens de briser le cercle de la dépendance et de la pauvreté sont « significatifs''. « Des évolutions positives, des dynamiques nouvelles, des volontés farouches, des réussites spectaculaires ne cessent de s'affirmer et de baliser les chemins du futur. Les organisations régionales se construisent, les projets phares continentaux tels que la Zleca prennent la bonne direction. L'intégration économique du continent, autre rêve fondateur de nos peuples, est désormais à portée de main'', se réjouit-il.
MARIAMA DIEME

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