RELANCE POST-COVID EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE : 890 milliards de dollars supplémentaires nécessaires d'ici la fin de 2023

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Économie

Les besoins de financement supplémentaire de l'Afrique subsaharienne s'élèvent à 890 milliards de dollars d'ici la fin de 2023. C'est ce qu'a estimé hier le directeur du Département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Abebe Aemro Selassie, lors d'une vidéoconférence sur les perspectives économiques en Afrique subsaharienne.

Les dirigeants d'Afrique subsaharienne qui ambitionnent de relancer leur économie disposent aujourd'hui de ressources « moins abondantes'', selon le directeur du Département Afrique du Fonds monétaire international (FMI). Ils devront, alors, opérer des « choix difficiles''.

Abebe Aemro Selassie, qui s'exprimait hier, par vidéoconférence, sur les perspectives économiques en Afrique subsaharienne, a relevé que la région fait face à un besoin de financement élevé. « En l'absence d'une aide financière extérieure supplémentaire considérable, de nombreux pays peineront à préserver la stabilité macroéconomique et à répondre aux besoins essentiels de leurs populations. Nous coopérons aussi avec le G20 pour suspendre les paiements du service de la dette aux créanciers bilatéraux officiels et nous saluons la prolongation de l'initiative de suspension du service de la dette. Mais une aide supplémentaire est nécessaire. Les besoins de financement supplémentaire de l'Afrique subsaharienne s'élèvent à 890 milliards de dollars d'ici la fin de 2023'', annonce M. Selassie.

L'ancien directeur adjoint au FMI soutient que les flux financiers privés devraient combler moins de la moitié de ce montant, tandis que les engagements actuels des institutions financières internationales et des donateurs bilatéraux n'en couvriront qu'un quart. « Dans ce scénario, le besoin de financement prévu pour la région d'ici la fin de 2023, reste de 290 milliards de dollars. Payer sa dette ou donner à manger et de quoi se soigner à sa population : aucun pays ne devrait avoir à choisir. Pour éviter la perte de décennies de progrès sur le plan du développement, la région devra avoir accès à davantage de dons, de prêts concessionnels et d'allégements de la dette'', ajoute-t-il.

Ce responsable du FMI suggère ainsi aux chefs d'Etat d'Afrique subsaharienne de « trouver un équilibre'' entre les politiques budgétaires qui sont nécessaires pour stimuler l'économie et la viabilité de la dette, qui constitue déjà un « problème écrasant'' pour de nombreux pays de la région. « Ils devront concilier la nécessité de soutenir la croissance par la politique monétaire et le maintien de la stabilité extérieure et de la crédibilité à plus long terme. Ils devront prendre des mesures sur le plan de la réglementation et du contrôle du secteur financier afin de résoudre les problèmes des banques et des entreprises touchées par la crise, sans compromettre la croissance à plus long terme'', fait-il savoir.

De plus, le directeur du Département Afrique du FMI note qu'il urge de mettre en balance les efforts déployés pour stabiliser et faire croître leur économie et la nécessité de préserver la stabilité sociale. Ceci tout en ouvrant la voie à une croissance pérenne et inclusive à long terme. En l'absence d'une aide financière supplémentaire considérable, il relève que de nombreux pays d'Afrique subsaharienne peineront à simplement préserver la stabilité macroéconomique tout en répondant aux besoins essentiels de leur population.

« Le FMI a agi rapidement pour répondre à une grande partie des besoins de la région, en accordant des financements avoisinant 16 milliards de dollars à 33 pays pour la seule année en cours et un allégement immédiat du service de la dette à 22 des pays d'Afrique subsaharienne les plus pauvres et les plus vulnérables. Nous collaborons avec les pays pour mettre en place des mécanismes de gouvernance ayant pour objectif de garantir que ces fonds profitent à leur population comme prévu'', renchérit-il.

Tourné vers un avenir « plus radieux''

En dépit de perspectives incertaines, M. Selassie a indiqué que le potentiel de l'Afrique subsaharienne et l'ingéniosité de sa population demeurent évidents. « Il sera indispensable d'exploiter ce potentiel pour que la région renoue avec une trajectoire de développement durable et inclusif. Dans ce contexte, il est plus que urgent d'opérer des réformes porteuses transformation afin de promouvoir la résilience, d'accélérer la croissance à moyen terme et de créer les millions d'emplois qui sont nécessaires pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail'', préconise-il. L'ancien directeur adjoint du FMI trouve que les réformes prioritaires se situent dans les domaines de l'augmentation des recettes, de la transformation numérique, de l'intégration commerciale, de la concurrence. Mais aussi de la transparence et de la gouvernance, ainsi que de l'atténuation du changement climatique. « Le moment est venu d'opérer des réformes qui sont porteuses de transformations durables. L'Afrique subsaharienne retrouvera la voie d'un développement vert, durable et inclusive. La pandémie constitue une occasion historique de construire un avenir meilleur, et la communauté internationale doit jouer un rôle important à cet égard'', souligne M. Selassie.

Dans l'ensemble, il informe que l'économie de la région subira une contraction de 3,0 % en 2020 selon les projections. Il rappelle que les pays tributaires du tourisme ont subi les plus fortes répercussions, tandis que les pays exportateurs de produits de base ont été durement touchés aussi. La croissance dans les pays où l'économie est plus diversifiée ralentira fortement, mais restera, dans bien des cas, positive en 2020.

« Pour 2021, une croissance régionale de 3,1 % est prévue. Il s'agit d'une expansion plus faible que celle attendue dans une bonne partie du reste du monde, ce qui s'explique, en partie, par la marge d'action relativement restreinte de l'Afrique subsaharienne pour pérenniser une politique budgétaire expansionniste. Les principaux moteurs de la croissance en 2021 seront notamment une embellie des exportations et des cours des produits de base, sur fond de reprise de l'économie mondiale, et un redressement de la consommation et de l'investissement privés'', affirme le directeur du Département Afrique du FMI

MARIAMA DIEME

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