REPRISE DU TRAFIC INTERURBAIN : Les « horaires'' victimes de la communicationdu ministre

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Économie

Le trafic interurbain a repris depuis bientôt une semaine sur l'ensemble du territoire national, après une pause de trois mois, à cause de la situation sanitaire liée au coronavirus. Cependant, pour les bus communément appelés « horaires'', ce n'est pas encore la grande affluence. Ce qui est dû, en partie, selon les responsables, à la communication du ministre des Infrastructures et des Transports terrestres Oumar Youm qui a désigné les gares des Beaux maraichers et de Rufisque comme celles officielles pour assurer les déplacements entre Dakar et les régions.

Dans le quartier « Bignona'' de la commune de Grand-Yoff, un vaste espace sert de garage. Ici se côtoient mécaniciens, restauratrices et autres vendeurs d'articles divers. A l'entrée de ce capharnaüm, un homme, masque au nez, gère un dispositif de lavage des mains pour les usagers du lieu. Il indique aux nouveaux venus le geste barrière à effectuer. A l'intérieur, sont stationnés des bus qui desservent toutes les localités du Sénégal. Mis à part le lavage des mains, toutes les autres recommandations des autorités sanitaires, dans le cadre de la lutte contre la pandémie, y sont à peine respectées. On devise par petits groupes sous des hangars de fortune et abaisse quelquefois le masque au niveau du menton.

A cette heure de la mi-journée du mercredi, des bus ramènent encore des voyageurs venus de l'intérieur du pays. Aicha en est une. La jeune dame à la taille moyenne et ses compagnons de route s'affairent autour de leurs bagages éparpillés un peu partout. « On vient de la Casamance. Nous étions obligés de nous arrêter à 23 h pour respecter le couvre-feu. Ce qui explique notre arrivée tardive à Dakar'', informe-t-elle. La fatigue se sent sur son visage.

Il faut dire que ce n'est pas encore l'ambiance des grands jours, ici. Beaucoup pensent, parce qu'Omar Youm l'a annoncé, que seules les gares de Rufisque et de Pikine fonctionnent. Les gérants des « horaires'' estiment d'ailleurs que ce souhait des autorités est utopique. Pour le secrétaire général du Regroupement national des transports de proximité, il existe une différence entre la mesure prise par l'autorité et la réalité du pays. « Les gares des Beaux maraichers et de Rufisque sont celles qui sont reconnues officiellement, mais depuis 1960, les « horaires' existent au Sénégal. Il faudrait que l'Etat, en relation avec les acteurs, essayent de régulariser le secteur'', recommande Kmor Dianté.

D'après lui, les véhicules en partance des gares officielles ne desservent que les capitales régionales, alors que, dit-il, les « horaires'' où transports de proximité rallient les profondeurs du Sénégal. Le responsable de la gare routière de « Bignona'' renseigne ainsiqu'en dehors des garesofficiels, il existe huit autres points de départ acceptés par l'Etat. Monsieur Dianté explique, dans ce sens, que le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, Me El Hadj Omar Youm, est passé récemment s'enquérir de leurs conditions de travail. « Il nous a conseillé de nous formaliser et de nous organiser en vue d'une régularisation. Les « horaires' sont une réalité au Sénégal et personne ne peut les ignorer'', plaide le SG du Regroupement national des transports de proximité, dont la structure est dans le milieu depuis 2014.

L'administrateurd'Al-Hazar Transports,lui, trouve, pour sa part, que la déclaration du ministre a un peu bouleversé les habitudes des clients qui se ruent de plus en plus vers les gares officielles. « On a par exemple deux départs en partance pour Tambacounda par jour, normalement. Aujourd'hui, notreseul bus qui vient de partir n'est même pas totalement rempli'', se désole Ass Mbaye. Dans cette gare routière, l'ambiance est moins grouillante. Quelques rares bus sont stationnés dans le vaste hangar. A l'entrée, le même protocole de lavage des mains est imposé. Mieux, avant d'accéder au guichet, on contrôle la température avec un thermo-flash et donne des informations pour le manifeste.

« Nous avons un problème, depuis la sortie du ministre''

Monsieur Mbaye rassure, en outre, qu'ils ont l'espace nécessaire pour faire respecter les distances sanitaires et, d'ailleurs, dit-il, le service de sécurité veille au grain. Tout ce dispositif ne semble cependant pas suffisant pour attirer la clientèle. « Je pense que le ministre faisait allusion aux gares clandestines qui n'ont pas d'adresses fixes. Al-Hazar Transports fait partie de celles qui sont officiellement autorisées à travailler, même si on n'a pas été mentionné dans le discours de la tutelle. Il faut reconnaitre que nous avons un problème depuis sa sortie. Les clients nesavent peut-être pas qu'on est toujours dans le trafic interurbain. Depuis qu'on a parlé des gares officielles, nous recevons moins de monde'', regrette M. Mbaye.

Ce constat est également fait à la station Keur Serigne Fallou de la Patte d'Oie où un bus quitte quotidiennement la ville de Touba à 6 h avant de refaire le trajet inverse à 13 h 30 mn. Mor Nguer, responsable des lieux, estime que le ministre s'est rendu compte qu'il était impossible de limiter le trafic aux deux gares officielles. A ses yeux, cette affluencerisque de créer la propagation de la maladie. « Nous sommes en collaboration avec les Beaux maraichers; on leur remet les fiches de renseignement sur les clients. Ces derniers se font d'ailleurs de plus en plus rares. Ils ne savent pas qu'on est toujours dans le circuit. Aujourd'hui, par exemple, nous n'avons eu que 10 clients sur un total de 110 sièges'', explique le vieux Nguer. En dehors de l'affluence, nos interlocuteurs sont également obligés de revoir leurs heures du travail, compte tenudes rigueurs du couvre-feu.

Si le problème ne se pose pas à Keur Serigne Fallou, tel n'est pas le cas pour les autres gares routières visitées. « Les heures dedépart étaient fixées, pour certaines régions comme Tambacounda, à 20 h. Mais on essaye de faire avec la situation actuelle et les ramener à 9 h. Ce bouleversement peut être à l'origine du manque de clients noté. En plus, voyager la nuit est plus confortablepour les clients, avec la chaleur et les longues distances. La chaleur impacte également sur la résistance des pneus qu'on est obligé de changer périodiquement'', fait savoir l'administrateur d'Al-Hazar Transports où les anciennes horaires de départ sont inscrits sur un tableau d'accueil . Dans le circuit depuis plusieurs années, ce réseau rallie toutes les localitésà, l'exception du sud du Sénégal.

Le secrétaire généraldu Regroupement national des transports de proximité souligne, pour sa part, que sa structure fait des efforts pour être à destination avant 23 h. « Les bus quittent au plus tard à 10 h, au lieu de l'après- midi. Les passagers sont convoqués à 7 h et ce sera certainement difficile pour les populations de s'y adapter'', souligne Kmor Dianté.

HABIBATOU TRAORE

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