RESULTATS ECONOMIQUES ET CASTING DU PRESIDENT : Les tops et les flops

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Économie

Trois mois après les départs ou permutations des principaux acteurs de la croissance soutenue du Pib sous Macky I (Mahammed Dionne, Amadou Ba, Papa Abdoulaye Seck?), « EnQuête », s’appuyant sur le dernier point mensuel de conjoncture de la Dpee disponible, évalue le comportement de leurs secteurs respectifs. Il en résulte que leurs successeurs n’ont pas du tout réussi à les faire oublier.

On ne change pas une équipe qui gagne, dit le dicton. Le président de la République, Macky Sall, lui, au sortir de sa réélection au mois de février dernier, s’est attelé à modifier profondément son équipe gouvernementale qu’il disait pourtant gagnante. Tout comme son système de jeu, en supprimant notamment le poste de Premier ministre. Des réformes et changements qui avaient, en son temps, soulevé la controverse quant à leur opportunité. Trois mois après, « EnQuête » essaie de voir les fruits de ce premier gouvernement de Macky II, inscrit sous le sceau du « Fast-track », en se basant uniquement sur les derniers chiffres disponibles sur le site de la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee). Les résultats ne sont pas si fameux.

Ainsi, il ressort du point mensuel de conjoncture de juin 2019 (le mois de juillet n’étant pas encore disponible) que l’évolution de l’activité économique interne (hors agriculture et sylviculture), mesurée sur la base de celle de l’indice général d’activité, révèle une contraction de 2,5 % en rythme mensuel. « Cette contreperformance est essentiellement imputable au secteur secondaire (-10,3 %). Pour sa part, le tertiaire s’est raffermi de 1,4 % sur la période… ».

C’est donc sur cette note moins glorieuse que le gouvernement du Sénégal, qui s’est pourtant bien comporté sur l’année, s’apprête à partir en vacances, laissant certains acteurs de l’économie dans l’expectative.

En effet, si l’on se fie à cette dernière note disponible de la Dpee, le moral de la plupart des acteurs économiques, au mois de juin, était au plus bas. Il conviendrait de croire avec eux que Macky II n’a pas encore donné les fruits escomptés. Le solde d’opinion effectué par les experts montre une dégradation du climat des affaires durant le mois en question. « L’indicateur qui le synthétise, calculé sur la base des soldes d’opinion des chefs d’entreprises, a reculé de 0,9 point pour se situer en dessous de sa moyenne de long terme. Cette situation reflète l’orientation défavorable de l’opinion des industriels et des prestataires de services. Sur une base annuelle, l’indicateur de climat des affaires a perdu 2,3 points, en juin 2019 », lit-on dans la note.

Les chefs d’entreprises pas satisfaits

Ce qui amène à s’interroger sur certains castings du président Sall de son gouvernement actuel. Le champ de cette étude étant essentiellement économique, nous avons trié sur le volet quelques personnages clés de Macky I dont les remplacements avaient particulièrement surpris l’opinion. Ces derniers ayant été, d’une part, de grands acteurs dans la croissance du produit intérieur brut dont le régime ne cesse de se vanter.

En premier, parmi ces personnages, il y a l’ancien Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne. Ensuite, vient l’ancien «  »super-ministre » de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Ba, l’ancien ministre de l’Agriculture Papa Abdoulaye Seck dont le secteur représente une part non négligeable dans le Pib. Hormis ces derniers, on peut citer Aminata Mbengue Ndiaye avec ses chiffres élogieux au ministère de l’Elevage, Oumar Guèye à la Pêché Chacune de ces fortes personnalités avait la réputation d’être le «  »right man at the right place ». Beaucoup n’ont pas compris leur permutation ou départ.

Et comme à tout seigneur tout honneur, commençons par Dionne. Durant les cinq années qu’il a passées à la tête de la Primature, l’économie s’est assez bien comportée. Du moins, si l’on en juge les résultats au plan macro-économique. Rien que pour son dernier exercice budgétaire, Dionne a fait autour des 7 % de taux de croissance. Un an auparavant, il avait même fait mieux avec 7,2 % de croissance. Ce qui lui a valu, à maintes reprises, des félicitations de son mentor Macky Sall. Son départ de la station primatoriale avait fait l’objet de moult commentaires.

Nommé secrétaire général de la Présidence, Dionne a, depuis lors, disparu des radars, pour raison médicale, avance-t-on. Diplômé du prestigieux Institut d’informatique d’entreprise dans les années 1980, titulaire d’un diplôme de 3e cycle en économie internationale et globalisation, spécialité politiques économiques et sociales de l’université de Grenoble, il a travaillé à Ibm France, à la Bceao, à l’Onudi où il a occupé le poste de coordinateur senior de la coopération industrielle Sud-Sud, puis comme chef du Programme de l’Onudi pour l’Afrique et les pays les moins avancés au siège de l’institution à Vienne.

Avec sa disparition, d’aucuns ne manquent pas de tailler à Jean Maxime Simon Ndiaye le costume d’équivalent de Pm, en sa qualité de coordinateur de l’action gouvernementale. Mais celui-ci, excellent administrateur, n’a certainement pas l’étoffe de Boun Dionne pour impulser une certaine dynamique sur le plan purement économique.

Ces castings à problèmes

Mais si Mahammed Boun Abdallah Dionne a pu réussir sa mission, au cours de ses cinq années, c’est aussi parce qu’il était bien entouré. Notamment par des fonctionnaires rompus à la tâche, de la dimension d’Amadou Ba. Ex tout-puissant ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Ba, pur produit de l’Administration sénégalaise, occupait des postes stratégiques dans ce service, depuis au moins le règne de l’ancien président Abdoulaye Wade. De sorte que nombre d’analystes commençaient à lui prédire un destin de président. D’aucuns pensant même que, dans les gouvernements successifs de Macky Sall, il était plus puissant que son « boss » de Pm. De 2013 à 2019, il a pu ainsi survivre à toutes les péripéties ayant secoué le régime.

Sorti de l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature, section impôts et domaines, il a séjourné pendant sept ans environ à la tête de la Dgid’

L’autre bras armé de la croissance sous Macky I, c’était sans doute Papa Abdoulaye Seck, ancien Ministre de l’Agriculture. Un homme du sérail, comme aimaient à le définir plusieurs acteurs du milieu. Si l’on s’en tient aux chiffres officiels, l’agriculture sénégalaise, ces dernières années, avait produit des résultats fort appréciables. Spécialiste en politiques et stratégies agricoles, l’homme avait véritablement le profil de l’emploi. Ancien directeur du Centre panafricain du riz pour l’Afrique (AfricaRice), ce pur produit de l’Isra a été pour beaucoup dans les performances agricoles de ces dernières années.

Tout comme MM. Seck et Ba, les apports d’Aminata Mbengue Ndiaye à l’Elevage et d’Oumar Guèye en tant que ministre de la Pêche, non plus, ne sont pas à négliger dans le taux de croissance soutenu durant le premier mandat du président Sall. Suite au dernier casting, ces deux derniers, ainsi qu’Amadou Ba ont migré vers de nouveaux départements, tandis que Seck, lui, a tout bonnement été limogé.

A l’exception de ce dernier, dont le département ne fait pas partie du champ d’étude de la Dpee, « EnQuête » a essayé de regarder comment se sont comportés les nouveaux.

Le comportement des différents secteurs de l’économie

Il ressort du document de la Dpee que le secteur primaire (hors agriculture et sylviculture) s’est légèrement replié (-0,3 %) en variation mensuelle, au mois de juin 2019. « Cette évolution est imputable au sous-secteur de la pêche (-5,1 %), l’élevage s’étant consolidé de 2,6 % sur la périodé » La lecture qu’on pourrait en faire, c’est que, du point de vue des chiffres de juin, Aminata Mbengue Ndiaye, au département de la Pêche, va partir en vacances avec un secteur qui marque le pas. Au même moment, son remplaçant à l’Elevage, lui, arrive à la faire oublier avec une progression assez significative. Ce qui est de bon augure pour Samba Ndiobène Ka, à la veille de ces vacances gouvernementales.

Globalement, les performances économiques au mois de juin restent assez mitigées. La gestion budgétaire à fin juin 2019 est caractérisée par une mobilisation satisfaisante des recettes et une exécution soutenue des dépenses publiques.

« En effet, souligne la Dpee, les ressources sont mobilisées à hauteur de 1240,0 milliards, progressant de 7,5 %, en glissement annuel, tandis que les dépenses publiques se sont confortées de 16,2 % pour s’établir à 1692,8 milliards. Au total, le solde budgétaire, dons compris, est estimé, en déficit, à 452,8 milliards, à fin juin 2019, contre un déficit de 303,2 milliards à la même période de l’année précédente ».

Ainsi donc, le moins que l’on puisse dire, est qu’Abdoulaye Daouda Diallo marche sur la même dynamique que son prédécesseur, malgré quelques couacs. Il faut noter que tout comme son prédécesseur, M. Diallo est aussi un pur produit de l’Administration fiscale, même s’il en a été éloigné pendant un bon moment.

Pour sa part, Papa Abdoulaye Seck, lui, a été remplacé par un mathématicien pur. En l’occurrence l’universitaire Moussa Baldé, Professeur titulaire à l’université Cheikh Anta Diop.

Boune Dionne, lui, a tout simplement été effacé et celui qui fait office de nouveau coordonnateur de l’action gouvernementale, Maxime Simon, est un administrateur civil rompu à la tâche.

El Hadj Ibrahima Sall, la botte secrète

Et comme pour pallier ses limites au plan économique, le président Macky Sall a dernièrement mis en place une innovation de taille consistant en l’érection des unités de suivi et de coordination rattachées au Secrétariat général du gouvernement et la création de la Commission d’évaluation et de suivi des politiques et programmes publics. Avec, à sa tête, un économiste émérite comme El Hadj Ibrahima Sall, le chef de l’Etat ne risque nullement de se plaindre de l’absence de Dionne. Sorti de l’Ecole des hautes études commerciales de Paris, l’ancien ministre du Plan d’Abdou Diouf, qui a aussi été directeur général de l’Ipres sous Wade, a travaillé à la Banque mondiale et à l’Ocde.

Par ailleurs, il faut noter qu’au mois de juin, le secteur secondaire n’a pas été épargné par la morosité économique. Il s’est contracté de 10,3 %, en variation mensuelle. Cette contreperformance est essentiellement liée, selon la Dpee, aux faibles résultats notés dans les activités extractives (-20,5 %), la branche de « filature, tissage et ennoblissement textile » (-34 %) et la construction (- 11,5 %).

Par contre, la production et distribution d’électricité et de gaz (+8,7 %), la fabrication de matériels de transport (+16 %) et la production de l’égrenage du coton (+43 %) se sont bien comportées sur la période.

Comme à son habitude, s’il y a un secteur qui résiste aux différents castings, c’est bien le tertiaire. Toujours selon la Dpee, en juin 2019, la dynamique s’est traduite par un raffermissement de 1,4 % en variation mensuelle, essentiellement soutenu par l’information et la communication (+16,4 %), les « activités de services et de soutien de bureau » (+1,2 %) et les activités financières et d’assurance (+0,8 %).

Sur le plan de l’emploi, le président Macky Sall devra davantage booster ses troupes pour espérer atteindre ses objectifs de créer un million d’emplois durant son quinquennat. A fin juin 2019, l’emploi salarié du secteur moderne s’est certes légèrement renforcé de 0,5 % en variation mensuelle, en liaison avec la hausse de 0,8 % des effectifs du secondaire.

Mais pendant que, dans ce secteur, une consolidation (+1,6 %) de l’emploi est notée, dans l’industrie, par contre, l’on note une contraction de -4,2 % au niveau des Btp. Concernant le secteur tertiaire, les effectifs salariés sont restés stables, en variation mensuelle.

En effet, les créations nettes d’emplois (+0,7 %) des services ont été contrebalancées par un recul (-2,8 %) des effectifs dans le commerce.

MOR AMAR

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