SANCTIONS ECONOMIQUES AMERICAINES CONTRE LA RUSSIE : Woodside sauve le projet pétrolier de Sangomar

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Économie

En appliquant son droit d'augmenter sa participation dans une vente promise initialement au Russe Lukoil, Woodside évite l'application de sanctions américaines et sauve probablement le projet pétrolier de Sangomar.

Un bras de fer russo-américain arbitré par un Australien en terre sénégalaise. Ce n'est pas une fiction, mais la réalité des rivalités souterraines entre puissances. Le géant Australien du pétrole et du gaz, Woodside, déboursera plus de 400 millions de dollars pour empêcher le Russe Lukoil de devenir un partenaire dans le champ pétrolier de Sangomar au Sénégal, en exerçant ses droits pour augmenter sa participation. Woodside Petroleum a exercé son droit d'égaler une offre du Russe Lukoil d'acheter la totalité de la participation de Cairn Energy dans le projet pétrolier de Sangomar, a-t-il déclaré hier lundi. L'acquisition pourrait dissiper toute «  »incertitude potentielle des sanctions américaines applicables au développement du champ de Sangomar'', a déclaré le directeur général de Woodside, Peter Coleman, dans un communiqué.

La compagnie russe Lukoil, qui était bien partie pour décrocher le gros lot, est sujette à des sanctions économiques étasuniennes ainsi que de l'Union européenne, à la suite de la crise ukrainienne en 2014. «  »L'augmentation de notre intérêt maintient l'élan initial atteint depuis la décision finale d'investissement avec nos partenaires de coentreprise plus tôt cette année'', a-t-il ajouté. L'acquisition porte la participation de Woodside dans la joint-venture Rufisque Offshore, Sangomar Offshore, Sangomar Offshore Profond (RSSD) à environ 68 %. Ce qui en fait le plus grand actionnaire. Il restera l'exploitant du projet de 4,2 milliards de dollars.

De passage dans le quinzomadaire de la RTS « Saytu'', vendredi 7 août, le ministre du Pétrole et des Energies, Mouhamadou Makhtar Cissé, n'en avait pas mené large, en avançant prudemment que des «  »vérifications sont en train d'être faites pour voir si la société russe n'est pas sous le coup de sanctions américaines avec qui l'Etat du Sénégal entretient d'excellentes relations Une épine que Woodside enlève du pied de tous les partenaires de la joint-venture.

Tout semblait pourtant partir du bon pied, ce mardi 14 janvier 2020, lors de la signature historique de la Décision d'investissement final (FID) entre Petrosen, Cairn Energy, Far Limited et Woodside sur la joint-venture Rufisque Offshore, Sangomar Offshore, Sangomar Offshore Profond (RSSD). Depuis, quelques désaccords de fond sont survenus sur la date de livraison du first oil, initialement prévu en 2022, puis décalée jusqu'en 2023, avant que les externalités négatives de la Covid-19 ne poussent les pouvoirs publics sénégalais à vouloir encore repousser la date. Ce qu'a refusé l'Australien.

Paiement initial de 300 millions de dollars

Woodside effectuera un paiement initial de 300 millions de dollars, ainsi que des paiements conditionnels pouvant atteindre 100 millions de dollars, financés à partir de ses réserves de trésorerie actuelles, a-t-il déclaré dans un communiqué.Lukoil, la 2e plus grande compagnie de pétrole russe après Gazprom, a offert, en juillet, 400 millions de dollars pour la participation de Cairn, figure sur une liste américaine des entreprises russes sanctionnées, y compris pour des transactions liées à des projets pétroliers en eau profonde. La compagnie russe a refusé de commenter la décision de Woodside. Cette dernière a déclaré qu'il envisagerait de vendre sa participation dans Sangomar au cours des 12 prochains mois. Woodside devra désormais assumer une part plus importante du coût de développement de 4,2 milliards de dollars du projet.

De nouveaux partenaires pourraient entrer dans le projet, soit avec la vente de Woodside, soit si Far LTD vend tout ou partie de sa participation de 13,67 %. Far a recherché un acheteur, car il n'a pas été en mesure de lever des fonds pour financer sa part du projet Sangomar. L'offre de Woodside est soumise à l'approbation du gouvernement du Sénégal et des actionnaires de Cairn.

MAME TALLA DIAW (AVEC REUTERS)

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