Libye : des missiles de la France pour l’offensive de Khalifa Haftar

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(Crédits : Reuters)

Comment des missiles vendus par les Etats-Unis à la France se sont-ils retrouvés dans l’arsenal du maréchal Khalifa Haftar, celui-là même qui mène une offensive pour s’emparer de Tripoli, la capitale de la Libye? La réponse à cette question vaut son pesant d’or. Mais pour l’heure, c’est plutôt une bâche de spéculations qui recouvre les quatre missiles antichars Javelin retrouvés par les forces loyales du gouvernement de Fayyez Al Sarraj dans l’impressionnante cache d’armes du poste de commandement avancé de Gharyan où le général rebelle avait installé sa base temporaire lors de son offensive sur la capitale libyenne.

L’affaire a mis Paris dans l’embarras et peut même provoquer une brouille avec son allié américain. D’abord parce que si le transfert des missiles aux insurgés de Khalifa Haftar venait à être établi, la preuve serait faite d’une violation de l’accord de vente d’armes conclu entre les États-Unis et la France. Ensuite, la France passerait pour un pays qui a violé l’embargo sur les armes décidé et prolongé par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Achetés aux Etats-Unis, 4 missiles français dans l’arsenal de Haftar

Ce sont nos confrères du New York Times qui soulèvent le lièvre. En exclusivité, le quotidien américain révèle que dans la reprise de la ville de Gharyan à l’Armée nationale de libération(ANL) du maréchal Khalifa Haftar, les forces loyales au gouvernement de Fayyez Al Sarraj ont découvert une importante cache d’armes. Dans l’arsenal, des drones d’attaque chinois, des obus d’artillerie issus des Emirats arabes unis, mais aussi quatre missiles antichars Javelin de fabrication américaine faisant partie d’une commande de 260 missiles destructeurs de chars, passée en 2010 par Paris à Washington.

A 170 000 dollars l’unité, ces missiles de haute portée à guidage infrarouge se sont donc retrouvés neuf années plus tard entre les mains de Khalifa Haftar dont la France est accusée d’être le parrain de l’ombre. Si la provenance des missiles a été établie par une enquête du Pentagone, le ministère américain de la Défense, la question se focalise sur le chemin qu’ils ont emprunté pour se retrouver dans l’arsenal d’un chef de guerre qui a pour seul mérite de contrôler l’est pétrolifère de la Libye avec ses milices.

Ce mardi 9 juillet, sous couvert d’anonymat, un conseiller militaire de Florence Parly, ministre française des Armées, a nié tout transfert des missiles de la France aux forces de l’ANL du maréchal Haftar. Aux journalistes du New York Times qui l’interrogent, la même source confirme que les missiles retrouvés dans la cache du maréchal étaient bien des missiles appartenant à la France. «Endommagés et inutilisables», les missiles avaient été stockés dans un entrepôt en vue de leur destruction prochaine. Comment se sont-ils alors retrouvés aux mains de rebelles libyens dans une ligne de front ?

Libye, une guerre pour les fabricants d’armes

La même source renseigne que bien souvent ces missiles sont affectés à la protection des troupes françaises déployées en Libye pour des missions de renseignement et de contre-terrorisme. Les armes ont été volées aux troupes françaises sans que ces dernières les signalent officiellement? Ont-elles été secrètement vendues aux troupes de l’ANL pour contrebalancer les nombreuses livraisons d’armes aux troupes rivales? Et surtout, où se trouve le reste du stock des 260 missiles achetés par Paris?

Pour l’heure, les spéculations vont bon train sur la manière dont ces missiles français se sont retrouvés dans la cache de l’ANL. L’affaire n’est pas sans rappeler que pour la prise de Benghazi, le maréchal Haftar s’est appuyé sur l’expertise militaire française entre autres. L’on est en droit de se demander si le soutien à l’homme fort de l’est libyen ne s’est pas prolongé avec des livraisons d’armes. Plus loin, elle rappelle que l’affrontement entre les forces loyales et l’ANL n’est en fait qu’une guerre d’influence entre puissances par parrainage interposé.

Les experts de l’ONU ont établi une circulation d’armes de guerre via des livraisons depuis des années par voie terrestre et maritime. Via des achats d’armes ou de matériel à des puissances comme la Russie ou la Chine, les Emirats arabes unis, l’Egypte ou encore la Jordanie ont équipé, armé ou techniquement appuyé les forces de l’ANL. Le Qatar et la Turquie en font de même pour le compte des forces du Gouvernement d’union nationale qui avait suspendu sa coopération sécuritaire avec Paris. La guerre en Libye pourrait être plus celle des fabricants d’armes que pour le retour de la paix.

Avec Latribune Afrique

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