RD Congo : bientôt la gratuité de l’école primaire pour tous les enfants ?

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Alors que le président Félix Tshisekedi a fait de la gratuité de l’enseignement primaire et secondaire son cheval de bataille, le pays cherche les voies et moyens d’en faire une réalité à l’approche de la rentrée.

L’école primaire gratuite pour tous les enfants, bientôt une réalité en République démocratique du Congo ? C’est en tout cas une promesse qui réveille un immense espoir dans un pays où des millions d’enfants sont privés d’éducation. Une table ronde s’est ouverte ce jeudi à Kinshasa pour examiner et définir « les modalités pratiques qui permettent l’effectivité de la gratuité de l’éducation de base dès la rentrée scolaire 2019-2020 », le 2 septembre prochain, a déclaré le ministre par intérim de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, Emery Okundji. Prévue jusqu’à samedi, la réunion doit examiner les modalités pratiques qui permettent la mise en œuvre effective de cette promesse de campagne.

Un paradoxe

Si la nouvelle a été souvent bien accueillie parmi les populations, notamment sur les réseaux sociaux, beaucoup doutent qu’elle dure dans le temps et appellent à des réformes de fond.

En effet pour de nombreux parents d’élèves congolais c’est la prime versée aux enseignants qui pèse le plus sur leur pouvoir d’achat. De quelques dizaines de dollars, cette somme peut grimper jusqu’à plusieurs milliers de dollars congolais. Et gare aux mauvais payeurs, car les élèves, dont les parents ne se seraient pas acquittés de la prime, peuvent faire l’objet de poursuite par les enseignants. Bref, la pression était jusqu’à présent énorme.

Un système qui remonte à l’époque de Mobutu

Instauré sous l’ère Mobutu dans les années 1980, ce système devrait donc bientôt n’être qu’un mauvais souvenir. À cette époque, il faut dire que l’État n’avait pas les moyens de payer les salaires des enseignants, et pressé par les institutions internationales FMI et Banque mondiale pour réduire son train de vie, il avait fait le choix de porter une partie de la charge sur les familles. Il est pourtant bien inscrit dans la Constitution congolaise de 2005 que l’enseignement primaire est décrété « gratuit et obligatoire. » Ainsi ils seraient plus de 7 millions d’enfants de 5 à 17 ans à ne pas fréquenter les bancs de l’école, selon une enquête menée au niveau national « sur les enfants et adolescents en dehors de l’école ». La RDC « reste l’un des pays avec le plus grand nombre d’enfants non scolarisés », notait en mai le Partenariat mondial de l’éducation (PME). « On estime que 3,5 millions, soit 26,7 % des enfants en âge de fréquenter le primaire, ne sont pas scolarisés », ajoute cette structure d’aide à l’éducation dans les pays pauvres. Même si les chiffres parlent d’eux-mêmes, le pays a tout de même progressé : d’après le PME, 70 % des élèves achèvent le primaire en 2014, contre 29 % en 2002.

Ce que le gouvernement compte prendre en charge

Mercredi 21 août, à l’ouverture de la rencontre, le ministre avait annoncé devant la presse la suppression de « tous les frais de scolarité », « dans tous les établissements publics d’enseignement de l’éducation de base ». Les frais supprimés sont ceux des frais de minerval, de bulletin, les frais de l’assurance et ceux de l’identification des élèves. « Le gouvernement de la République a pris en charge les frais. Les frais de fonctionnement seront alloués mensuellement aux écoles », a précisé Emery Okundji. Cette décision concerne les écoles publiques qui sont sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo.

Mais pour les établissements qui ont déjà perçu certains frais supprimés, le ministre Emery Okundji leur demande de « restituer ces frais-là aux parents d’élèves ». Il promet des sanctions exemplaires vis-à-vis de ceux qui ne respectent pas toutes ces décisions : « Nous allons sanctionner sévèrement toutes ces écoles qui vont continuer à percevoir indûment l’argent des parents. Ceux qui ont perçu et qui ne veulent pas restituer. Et nous allons répercuter le message à tous les niveaux. » Au-delà de ces frais, plusieurs questions annexes restent en suspend, notamment sur les sources de financement.

La pression des familles pour un investissement massif dans l’éducation

Pour 2019, le budget de l’État avoisine 5,9 milliards de dollars et pour mettre en application la gratuité de l’enseignement primaire et secondaire, il faudrait mettre 1,6 milliard de dollars soit un quart du budget selon des ONG congolaises. « Conformément à notre Constitution, la gratuité de l’enseignement fondamental doit être une réalité », avait déclaré le président Félix Tshisekedi lors de son discours d’investiture le 24 janvier.

L’ONG Coalition nationale de l’éducation pour tous (Conept) avait lancé lundi 22 juillet une pétition pour obtenir l’instauration de la gratuité de l’enseignement en RDC. « Les parents continuent à financer l’éducation à hauteur de 75 % du budget national. Le gouvernement doit assumer ses responsabilités. La gratuité de l’enseignement est légale parce que la constitution de la République ainsi que la loi cadre de l’enseignement la consacrent », avait expliqué Remy Sazumba à Radio Okapi le coordonnateur de cette structure dans le Kasaï-Central.

« Depuis 27 ans, les parents ont eu à supporter le système éducatif congolais », confirme à l’AFP Cécile Tshiyombo, enseignante depuis 29 ans. La prise en charge des enseignants par les parents « a avili l’enseignant » et conduit le système éducatif dans un « trou », a-t-elle regretté. « La gratuité est possible […], mais il y a des préalables : un barème spécifique doit être donné à l’enseignant pour qu’il travaille » dans des conditions acceptables, selon elle.

Avec Lepoint Afrique

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