Aujourd’hui, 15 mai 1993: le Juge Maitre Babacar Seye est assassiné en plein jour

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Politique

Après une élection présidentielle «volée» (selon Wade et ses partisans) et des élections législatives âprement disputées entre le Parti socialiste (Ps) et l’opposition portée par le Parti démocratique sénégalais (Pds), la proclamation des résultats cristallise toutes les tensions. A la suite de la sortie de la Commission nationale de recensement des votes donnant les résultats provisoires, le 14 mai 1993, le Conseil constitutionnel dont Maitre Babacar Seye était membre devrait proclamer les résultats définitifs. Mais le jeu démocratique enclenché depuis le code consensuel de 1992 va être entachée par l’assassinat du juge, le 15 mai.

Cet événement malheureux survient juste une année après l’adoption du code consensuel de 1992, élaboré sous la direction du Juge Kéba Mbaye. Malgré son ingéniosité pour arriver audit code, le Juge Kéba Mbaye va démissionner de son poste de Président du Conseil constitutionnel en mars 1993 à cause de la pression. Pour expliquer sa démission, le Juge Mbaye convoque son incompétence d’atteindre les objectifs qu’il s’est lui-même fixé. Voilà ce qu’il déclare à ce propos: «compte tenu du rôle que j’ai joué dans l’élaboration du code électoral, en tant que Président de la commission cellulaire de réforme, de tout ce que j’en entendais et de ce que je vois actuellement, je considère que je suis arrivé à un échec».

La démission du juge Kéba Mbaye va donc propulser Maitre Babacar Seye en tant que membre du Conseil constitutionnel. Après l’élection présidentielle de la même année, Maitre Wade et ses partisans n’étaient nullement satisfaits du travail du Conseil constitutionnel qui, selon eux, avait confisqué leur victoire. Cette tension post-présidentielle allait naturellement avoir des répercussions malheureuses sur les législatives. Voilà pourquoi l’assassinat de Me Seye, ce 15 mai, est hautement politique. En plein jour, sur la Corniche Ouest, la voiture du Juge est criblée de balles par des assaillants sortis d’une voiture qui le suivait. Mortellement blessé, Maitre Seye va être transporté à l’hôpital principal mais va mourir à la suite de ses blessures.

Ce meurtre de sang-froid continue de susciter beaucoup d’émotions. Même si des interpellations ont été faites et un jugement rendu après un procès, des zones d’ombre continuent de subsister. Le 30 septembre 1994, Amadou Clédor Sène est condamné à 20 ans de travaux forcés tandis que ses co-accusés Assane Diop et Pape Ibrahima Diakhaté écopent 18 ans de travaux forcés. Cependant, ils ne purgeront pas toute leur peine puisqu’ils seront libérés 2 ans après la victoire de Wade., en 2002. Le plus gros scandale révélateur de l’absence de volonté de faire toute la justice autour de cette affaire se trouve être le vote de la loi Ezzan. Adoptée par l’Assemblée nationale le 7 janvier 2005, cette loi amnistie tout simplement les auteurs de ce crime odieux.

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