Catapultage de Karim Meissa Wade: fatal coup de grâce du maître ?

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Politique

Abdoulaye Wade aime son fils et c’est bien. C’est même très bien. Personne ne doit lui en vouloirpour ça. Tout comme personne ne devrait en vouloir à aucun autre père d’aimer son fils et prêt à «tout» lui donner. Seulement l’amour qu’on peut avoir pour son fils n’est pas transposable dans le champ politique. Or c’est ce qu’Abdoulaye Wade a fait. Il est même allé très loin dans l’attachement à son fils au point de décider d’en faire le légataire universel du Pds comme on léguerait tout autre bien à sa progéniture. Et pourtant personne n’a pas souvenance de haut fait de militant de ce fils.

Le prince Karim Meissa Wade Ier

Catapulté récemment secrétaire général adjoint du PDS «chargé de l’organisation, de la modernisation et de l’élaboration des stratégies politiques» du parti, Abdoulaye Wade tracela voie et facilite ainsi l’accessioninexorable de son fils au poste de secrétaire général du parti en perspective du prochain congrès. C’est en tout cas ce que présage cette récente refonte du Pds rendu public le 09 aout dernier. Une mise en orbite qui fera de Karim Wade la candidature présidentielle de 2024. Et pour ne laisser en rade, ce sont aussi les proches de Karim qui sont promus dans cette nouvelle refonte.

Pour le Pape du Sopi, mieux vaut bien positionner les fidèles qui ne risquent pas de contester la position du prince Karim Meissa Ier. Ainsi, 11 secrétaires généraux adjoints, «karimistes» ont été ainsi nommés tandis que des personnes potentiellement dissidentes ont été écartées. C’est le cas d’Oumar Sarr dont le poste de numéro 2 a été simplement supprimé. Officiellement, celui-ci paie cash son insoumission d’avoir pris part au dialogue politique sans le quitus des Wade.

C’est dès son second mandat (2012-2017), que Me Wade a été accusé de vouloir servir le pouvoir à Karim sur un plateau d’argent, la fameuse «dévolution monarchique du pouvoir». Accusation qu’il avait souvent récusé sans convaincre. Toujours est-il que le projet a échoué avec fracas et il a manifestement préféré offrir à son fils ce qu’il croit être sa propriété privée, le Pds, un grand parti d’opposition. Mais la tâche ne sera pas facile. D’ailleurs suite à la publication de ce nouvel organigramme, les titres des journaux étaient très évocateurs: «Karim prend concrètement le pouvoir», «Dévolution monarchique au PDS» ou encore «Oumar Sarr out, Karim aux commandes».

Pour les dissidents cela ne fait l’ombre d’aucun doute. Cette refonteest «un testament au profit de Karim!» «Nous sommes dans une gestion népotique d’un parti qui implose», dénonce un des hauts responsables du PDS, cité par rfi. En revanche, pour Assane Ba, secrétaire national de la mobilisation et de la propagande, «cette réorganisation, ce n’est pas un débat entre les anciens et les nouveaux, mais c’est pour lutter contre le régime de Macky Sall». Abdoulaye Wade disait vouloir «mettre en place une nouvelle direction plus large, plus dynamique, et plus proche de notre base politique». En tout état de cause, il semble qu’on assistera à un combat de gladiateurs dans les jours à venir entre frères libéraux.

Pour sûr, la manière opportuniste dont cette refonte a été faite sonne un coup de grâce porté à un parti en agonie, qui a du mal rebondir depuis son basculement dans l’opposition du fait, notamment des scores moyens qu’il a fait aux différentes élections ces dernières années, des dossiers judiciaires qui ont accablé ses leaders et des défections de certains leaders.

Dans un tel contexte, il ne pouvait y avoir meilleur moyen d’affaiblir le parti et d’hypothéquer l’avenir politique de son fils que par cet acte inattendu. D’ailleurs certains cadres du parti ne s’avouent pas vaincus face à ce schéma à eux imposé par le patriarche. Un politique doit prendre son destin en main, se construire une légitimité et chercher des soutiens et des ralliements venant de partout. Mais manifestement chez les Wade c’est le père qui mouille le maillot pour le fils. Et ce père est prêt à tout pour la carrière politique du fils. C’est à cause de Karim que Macky était tombé en disgrâce et a pris très tôt une bonne décision. La nature faisant bien les choses, celui-ci ne le regrette pas. C’est aussi en partie à cause de Karim que Idrissa Seck aussi a quitté la famille libérale. Mais le président Wade ne se rend pas compte à quel point il nuit à son fils en pensant lui rendre service.

Quand le père «immole» le fils

Pour préparer son fils, Wade ne tolère pas les ambitions des autres au sein du parti comme écrit Demba Ndiaye, l’éditorialiste de seneplus dans son édito intitulé «Wade achève son fils politique». «Le patriarche est un carnivore politique. Il aime surtout croquer les fidèles parmi ses fidèles, qui, dans le secret de leurs ambitions se rêvaient dauphins, héritiers d’un père qui ne l’était que dans le règne assuré de la politique. Ils avaient oublié que les vrais héritiers sont toujours de sanguinité. Cet oubli a envoyé des charrettes de candidats héritiers au purgatoire par le sabre tranchant du monarque père».

La volonté d’installer son fils à la tête du pays ne semble pas une vue de l’esprit malgré ses dénégations, si l’on en juge par les faits actuels cumulés aux faits antérieurs. L’éditorialiste Serigne Saliou Guèye rappelle fort à propos, à l’époque, les différents actes posés par Wade allant dans le sens de se faire succéder par son fils.L’éditorialiste parle du «triomphe du wado-centrisme».

Wado centrisme viscéral

«Il est clair qu’après les élections de 2007, Abdoulaye Wade n’avait qu’une seule ambition : mettre en orbite le fils pour la succession du père. La contrainte à la démission-exclusion de Macky Sall du Pds en 2008 était le premier jalon pour baliser le terrain de la succession à Karim Wade. Ensuite, le deuxième fut l’imposition en mars 2009 de la candidature de Karim Wade à la mairie de Dakar au détriment de Pape Diop était le primum movens pour adouber Karim Wade comme futur remplaçant de son père à la tête du Pds et du pays. Nonobstant l’échec à la mairie de Dakar, le troisième jalon fut posé : ses responsabilités ministérielles hypertrophiques dans le gouvernement de mai 2009. Le 4e et dernier jalon a été la réforme du 23 juin 2011 relative à « la possibilité que le président et son vice-président soient élus au premier tour avec seulement 25 % des voix ». Depuis 2012, des départs et pas des moindres sont enregistrés au sein du Pds».

Karim exclut le Pds de la présidentielle 2019

Abdoulaye Wade se comporte comme si son accomplissement personnel sur terre est subordonné à l’accession de Karim Wade au pouvoir. Rappelons que cette à cause de la volonté obsessionnelle de faire passer son fils devant tout le monde que le Pds n’a pas eu de candidat à la présidentielle de 2019. D’un côté, le pouvoir a réussi à faire en sorte que Karim ne fût pas éligible à cette échéance suite à sa condamnation pour enrichissement illicite. De l’autre Wade et de son fils ont refusé catégoriquement tout plan B. Ils pensaient que cette ligne ferait une pression sur le régime qui lâcherait du lest. Mais rien n’y fit. Dans la foulée Madické est sorti du bois pour se présenter au nom du Pds, il n’a pas fait un score honorable, mais il aura été suivi par certains cadres du Pds qui lui aurait même accordé leur parrainage.

Se dirige-t-on vers deux Pds’

La présidentielle terminée, les principes démocratiques étant, tous les opposants doivent affuter leurs armes en direction des rendez-vous démocratiques futurs. Dans ce contexte, on s’attendait à ce que le Pds aussi prenne des décisions stratégiques, courageuses pour mieux s’organiser, en trouvant le profil le plus attractif capable d’unifier le parti. Mais hélas! La fixation sur son fils est demeurée. Tout chose qui risque de faire imploser le parti.

Manifestement, la fronde s’organise. Les opposants à cette refonde en faveur de Karim Wade ne veulent pas tout simplement claquer la porte pour laisser gracieusement ce bel héritage, ce label à Karim. Ce qui serait très facile. Mais ils veulent rester à l’intérieur du Pds pour mener le combat sous le même label. A la tête de cette fronde, se trouve des ténors tels que Me Amadou Sall et Oumar Sarr.

D’intenses réunions s’organisent depuis quelques jours chez ces leaders, nous soufflent les journaux. Ces deux leaders seraient suivis par Babacar Gaye, l’ancien porte-parole du parti, du député Abdoul Aziz Diop, du Dr Cheikh Tidiane Seck, patron des cadres libéraux, Aly Nar Fall et Sara Sall. Comme c’est à l’intérieur même du Pds qu’ils comptent rester pour contester, on se dirige vers un scenario à la Ps (avec Tanor et Khalifa Sall) ou And Jëf/pads avec Landing Savané et Mamadou Diop Decroix. C’est à dire qu’on aura un Pds version Karim et un autre Pds version Oumar Sarr ou Me Amadou Sall. Mais la question légitime que d’aucuns se posent déjà c’est si Oumar Sarr a l’étoffe nécessaire pour mener à bien cette fronde. Puisque Wade l’a utilisé depuis des années pour garder la maison pour son fils et ce n’est que maintenant qu’il ouvre les yeux.

Démocratie dans les partis d’opposition

Cette démarche de Wade doit nous amener à nous pencher sur la démocratie interne dans les parties politiques. Il est souvent facile quand on est opposant d’accuser pouvoir de faire entorse à la démocratie, de violer les règles du jeu, de faire du népotisme. Mais dans les partis d’opposition aussi règne le népotisme, l’arbitraire et l’autoritarisme.

En définitive le moins que l’on puisse dire c’est que Abdoulaye Wade a non seulement compromis l’avenir politique de son fils, mais surtout enfonce son parti qui va avoir du mal à reconquérir le pouvoir. Et le risque dans tout ça c’est que la majorité présidentielle est en embuscade, prête à récupérer les frustrés et les mécontents du parti qui vont être recyclés dans l’Alliance pour la République du président Macky Sall. D’ailleurs, il était dit récemment par un chroniqueur que Oumar Sarr comme Me Amadou Sall avaient des rencontres nocturnes avec le chef de l’Exécutif.

Par Noël SAMBOU

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