L’avenir politique de Khalifa en question

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Politique

Détenu depuis mars 2017 à la maison d’arrêt de Rebeuss où il purgeait une peine de cinq ans de prison ferme, l’ex-maire de Dakar, Khalifa Sall, a bénéficié dimanche d’une remise totale de peine par décret présidentiel. Il recouvre ainsi la liberté après une longue bataille judiciaire qui n’avait pas eu d’issue positive. Après son élargissement, il reste maintenant à élucider la question de son avenir politique notamment en perspective de la présidentielle de 2024.

L’arrestation de Khalifa Sall avait été qualifiée par ses partisans de règlement de comptes politique. A les en croire, c’est parce qu’il apparaissait comme un adversaire sérieux qui aurait pu battre le président Macky Sall lors la dernière présidentielle que ce dernier l’avait fait mettre en prison. Khalifa Sall, qui avait utilisé tous les recours juridiques possibles pour sa libération, était condamné à purger la peine de cinq de prison ferme qui lui avait été infligée sauf obtention de grâce présidentielle. Une partie de ses conseillers avait rejeté ce recours estimant que cela nuirait à son avenir politique. Interrogé au mois d’août par Rfi, l’actuel président Macky Sall affirmait qu’il gracierait l’ex-député, en plus d’être ex-maire de Dakar, le jour où il en aurait « la volonté ou le désir ». Après les retrouvailles entre Macky Sall et son prédécesseur Me Abdoulaye Wade vendredi dernier à l’occasion de l’inauguration de la mosquée Massalikoul Djinane, cerise sur le gâteau, deux jours plus tard, le dimanche 29 septembre 2019, le chef de l’Etat a encore surpris son monde en décidant de gracier Khalifa Ababacar Sall sur demande de Me Khassimou Touré.

Au lendemain de cette libération surprenante, les langues se délient, les commentaires vont bon train et beaucoup s’interrogent sur l’avenir politique de l’ex-député maire de Dakar. Selon le professeur Moussa Diaw, de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Khalifa Sall a toujours des contraintes relativement à ses droits civiques et politiques. A en croire l’universitaire, la grâce ne suffit pas pour permettre au responsable socialiste fraichement sorti de prison de jouer un rôle politique important. Par conséquent, estime-t-il, l’ex-maire de Grand-Yoff a besoin d’une amnistie pour prendre part aux joutes électorales futures. « L’amnistie passe sans doute par l’Assemblée nationale. Mais, pour qu’elle puisse se faire, il faut une volonté politique du président de la République. Donc, les partisans de Khalifa Sall doivent se battre pour pousser le Président à faire cette amnistie », soutient l’enseignent chercheur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Mais pour son collègue Maurice Soudieck Dione, il est aujourd’hui prématuré de dire quel sera l’avenir politique de Khalifa Ababacar Sall. Il s’explique : « Pour la bonne et simple raison que la grâce présidentielle lui permet de sortir de prison mais ne lui permet pas de recouvrer ses droits civiques et politiques. Donc, son avenir est aujourd’hui relative- ment incertain. »

Pr Moussa Diaw : « Dans l’immédiat, son combat doit être de récupérer le Ps et non de créer sa propre formation » »¨À la question de savoir que devra faire Khalifa Ababacar Sall pour rattraper le temps perdu, le Professeur Diaw répond que l’ex- maire et ses « amis » doivent se battre pour récupérer le Parti socialiste surtout avec la mort de Ousmane Tanor Dieng. Mais au préalable, pense M. Diaw, le premier travail de Khalifa doit être de reconquérir l’opinion. Parce que cela lui permettra, selon lui, de redorer son image et aussi de reprendre Dakar. « L’affaire de la caisse d’avance a laissé des traces. Khalifa peut d’autant plus reconquérir l’opinion publique plus que la majeure partie de l’opinion pense qu’il était la victime d’un complot politique. Il doit aussi faire de nouvelles propositions au peuple », conseille l’enseignant chercheur à l’UGB. Pour se redonner une « virginité » politique, Khalifa Ababacar Sall devrait trouver son propre appareil politique. Car, pense le Pr Diaw, c’est trop tôt pour Khalifa Sall de créer son parti. Au contraire, soutient-il, il doit se battre pour récupérer le Parti socialiste parce que c’est un excellent appareil politique. « La reconquête de Dakar est à sa portée. Dans l’immédiat, son combat doit être de récupérer le Ps et non pas de créer sa propre formation », conseille-t-il.

Pr Maurice Soudieck Dione : « L’avenir politique de Khalifa Sall est aujourd’hui relativement incertain » »¨Pour le Professeur Maurice Soudieck Dione, tout dépendra des rapports de forces sur le terrain politique, tout dépendra aussi de la volonté et du désir du président de la République de vouloir amnistier l’homme qu’il a gracié dimanche dernier. « Cela va être difficile pour Khalifa Sall de récupérer le Parti socialiste. Parce que il y a eu une rupture entre les frondeurs et les pro-Tanor. La situation actuelle est très sombre pour parler de l’avenir politique de Khalifa Sall. Mais, il faut juste retenir qu’il compte rester encore dans la politique. Parce qu’on a vu à travers sa sortie que c’est quelqu’un qui a une volonté et une ambition de continuer à faire de la politique.

Pour certains autres interlocuteurs contactés par Le Témoin, le dissident du Parti socialiste, par ailleurs candidat déclaré mais exclu de la dernière présidentielle en février dernier, révoqué de ses fonctions de maire et de député, Khalifa Sall dispose de deux possibilités pour poursuivre son combat politique en vue des prochaines échéances, les élections locales, les législatives de 2022 puis la présidentielle de 2024. Ces deux moyens, c’est une révision de son procès ou une loi d’amnistie à l’Assemblée nationale. Cette dernière loi pourrait égale- ment concerner Karim Wade. Le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, condamné pour enrichissement illicite, gracié en 2016, en exil au Qatar, reste lui aussi inéligible et sous le coup d’une amende de plus de 210 millions d’euros à payer au Trésor public. Une double amnistie qui pourrait être évoquée dans le cadre du dialogue national.

Mor Fall

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