Trafic à Rebeuss : Le marché noir des VIP

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Société

Les prisonniers logés selon la tête du client à la citadelle du silence et au secteur VIP de Rebeuss, les chambres 43 et 44 sont louées au prix fort, selon des sources de Kritik. Jusqu’à 100.000 francs Cfa dévalués pour être dans le confort d’un hôtel zéro étoile.

Magouille dans les prisons ! L’affaire de la grâce accordée à un prévenu dont le dossier est en instruction n’est que la face visible du vaste trafic qui se fait dans les geôles au Sénégal. Précisément à Rebeuss, l’établissement pénitencier le plus célèbre au Sénégal. Si la surpopulation carcérale est un secret de polichinelle et que dans certaines chambres les prisonniers sont entassés comme, le dit la légende, des sardines, dans d’autres chambres de la citadelle du silence, le confort et la quiétude font que les places sont négociées au prix fort.

C’est bien avant son arrivée en prison, dès que le mandat de dépôt est prononcé par le juge instructeur, que le marché débute à la cave avec des matons prêts à trier le colis par tête de prisonnier. Entre les petits larcins, les voleurs de poule et fumeurs de chanvre indien, c’est rare de trouver dans ce lot des clients capables de débourser une enveloppe pour être bien logé entre quatre murs.

C’est plutôt aux voleurs à col blanc, homme d’affaires en maille avec la justice, hommes politiques et célébrités que les offres s’adressent et, pour éviter les rigueurs carcérales, certains gros bonnets déboursent jusqu’à 100.000 francs Cfa pour avoir un matelas à la chambre 43, 44 ou 42, disent les sources de Kritik.

Dans ce secteur dénommé VIP, ancien coin réservé aux irrédentistes casamançais arrêtés à l’époque, le décor est campé par un manguier entouré de trois chambres dépassant à peine la limite ? Pas moins d’une trentaine de personnes, en temps normal, mais aucun profil de petit bandit, ce secteur regroupe les prisonniers de bonne réputation et grande famille dakaroise.

Le marché débute à la cave avec des matons prêts à trier le colis

Bien des prisonniers ont subi les foudres des gardes pénitenciers pour avoir dénoncé de l’intérieur ce traitement de faveur fait à des privilégiés. D’autres, charmés par la vie enviée de ces locataires de l’hôtel zéro étoile, se rabattent sur les avocats qui jouent de relation, pression ou chantage pour obtenir, en taule, des transfèrements vers ces chambres beaucoup moins contraignantes où la télévision et les ventilateurs suffisent au bonheur des résidents qui, pour l’histoire, ne consomment que l’eau de source du fait de leurs moyens et n’ont jamais gouté au « diagan », le nom éponyme du semblant de repas servi au quotidien dans la prison.

Interpellé par Kritik sur la complicité de certains avocats dans ce singulier hébergement en prison, notre robe noire, célébrité du barreau de Dakar, estime que certains traitements sont prévus par la loi. « L’histoire récente du Sénégal depuis la détention d’Idrissa Seck, puis celle de Karim Wade et, aujourd’hui, celle de Khalifa Sall, renseigne que le juge a la possibilité de toutes les mesures légales dans le cadre de la détention et qu’il peut juger, en fonction des cas, du type d’internement adéquat pour la détention provisoire comme définitive. »

Pour autant, concède-t-il pour la vérité, « la remarque est pertinente quand c’est à l’insu de l’autorité que de telles pratiques sont établies et que les auteurs de ces actes délictuels peuvent être poursuivis et jugés en cas de délit portant sur leur responsabilité. »

D’ailleurs, personnellement, il lui est arrivé de solliciter un placement à l’administration pénitentiaire pour un client étranger qui était condamné à un mois de prison : « Le régisseur qui a reçu ma demande s’est juste renseigné sur les motifs qui ont renvoyé mon client en taule, avant de lui accorder une place dans le secteur que vous évoquez, qui n’est pas dénommé secteur VIP pour rien. »

Pape Sarr (Journal Kritik)

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